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Défense Ordre · Honoraires

Dépassement d'honoraires du médecin : la plainte devant l'Ordre et les sanctions de la caisse

Un patient conteste le montant réglé et saisit le conseil départemental, la caisse relève des dépassements supérieurs à ceux de votre spécialité, un bénéficiaire de la complémentaire santé solidaire s'est vu facturer un complément. Un dépassement d'honoraires peut conduire à une plainte du patient devant l'Ordre et, en parallèle, à une procédure de l'assurance maladie. Cette page expose les règles, les procédures et les sanctions, puis la manière de préparer la défense du médecin.

Conseil départemental de l'Ordre (CDOM)CDPI Île-de-FranceSection des assurances socialesCaisse primaire d'assurance maladiePôle social du tribunal judiciaire
i.
Le principe

Le tact et la mesure : ce que dit l'article R.4127-53

L'article R.4127-53 du Code de la santé publique pose que les honoraires du médecin « doivent être déterminés avec tact et mesure, en tenant compte de la réglementation en vigueur, des actes dispensés ou de circonstances particulières ». Ils ne peuvent être réclamés qu'à l'occasion d'actes réellement effectués, y compris en télémédecine, et le simple avis donné par téléphone ou par correspondance ne peut donner lieu à aucun honoraire.

Le tact et la mesure ne se réduisent pas à un plafond chiffré. Le commentaire du Conseil national de l'Ordre relève que le montant des honoraires « ne peut pas être uniforme et doit être individualisé », en fonction notamment du temps consacré, de la complexité de l'acte et de la notoriété du praticien, sans perdre de vue la situation du patient. Un dépassement identique appliqué à tous, quelle que soit la difficulté de l'acte, est précisément ce que les instances examinent.

Le même article interdit d'imposer au patient un mode particulier de règlement et de refuser un acquit des sommes perçues. Ces deux points s'ajoutent fréquemment aux griefs d'une plainte pour honoraires excessifs, notamment lorsqu'un paiement en espèces a été exigé.

Texte
art. R.4127-53 CSP
tact et mesure, actes réellement effectués
Avis par téléphone
aucun honoraire
même article
ii.
Secteur 2 et OPTAM

Secteur 2, OPTAM : ce que votre statut conventionnel permet

Le droit au dépassement dépend du secteur conventionnel. Le médecin de secteur 2 est autorisé à pratiquer des honoraires différents, sous réserve du tact et de la mesure. Le médecin de secteur 1 applique les tarifs opposables et ne peut dépasser que dans les cas limités prévus par la convention médicale, notamment l'exigence particulière du patient, qui ne peut justifier un dépassement appliqué de manière systématique.

L'OPTAM, et pour les chirurgiens, gynécologues-obstétriciens et anesthésistes-réanimateurs l'OPTAM-ACO, est un contrat par lequel le médecin de secteur 2 s'engage sur un taux de dépassement et sur un taux d'activité à tarif opposable. Selon l'assurance maladie, ces taux reposent, pour la convention de 2024, sur l'activité des années 2022 et 2023. En contrepartie, les patients bénéficient des bases de remboursement du secteur 1 et le médecin perçoit une prime annuelle. En cas de résiliation pour un non-respect des engagements supérieur à dix points, l'assurance maladie indique que la récupération des sommes versées est engagée.

Certains patients échappent aux dépassements : le Conseil national rappelle que les bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire doivent se voir appliquer les tarifs conventionnels. Un dépassement facturé à ces patients est l'un des griefs les plus simples à établir pour une caisse.

OPTAM
2 engagements
taux de dépassement et activité à tarif opposable
Période de référence
2022-2023
convention médicale de 2024, selon ameli.fr
iii.
Information préalable

Information préalable, affichage et écrit avant l'acte

Le II de l'article R.4127-53 renvoie aux articles L.1111-3-2 et L.1111-3-3 du Code de la santé publique. Le premier impose aux praticiens libéraux une information par affichage dans les lieux de réception des patients et par devis préalable au-delà d'un certain montant. L'assurance maladie rappelle que, depuis le 1er février 2009, une information écrite préalable doit être remise dès que les honoraires facturés atteignent 70 euros, dépassement inclus.

Le médecin doit en outre veiller à l'information préalable du patient sur le montant des honoraires, répondre à toute demande d'explication sur ses honoraires ou sur le coût d'un traitement et, s'il présente son activité au public, notamment sur internet, y mentionner les honoraires pratiqués et les modes de paiement acceptés.

Dans un litige, l'écrit préalable signé est la pièce maîtresse du médecin. Il établit que le patient connaissait le montant et pouvait différer ou renoncer, et déplace le débat du défaut d'information vers le seul caractère mesuré de la somme. Son absence constitue, à l'inverse, un manquement autonome que la caisse peut sanctionner indépendamment de tout excès.

Écrit préalable
dès 70 €
honoraires dépassement inclus, depuis le 1er février 2009
Affichage
obligatoire
lieux de réception des patients, art. L.1111-3-2 CSP
Un document simple suffitL'information écrite décrit l'acte et indique le montant des honoraires et, le cas échéant, la part remboursable. Datée, remise avant l'acte et conservée en copie signée, elle prévient une grande partie des contestations.
iv.
La plainte du patient

La plainte pour dépassement d'honoraires devant l'Ordre des médecins

Le patient qui estime avoir payé trop cher saisit le conseil départemental, qui organise une conciliation. Beaucoup de ces litiges s'y règlent : le médecin explique la composition de la note, la durée et la difficulté de l'acte, l'information donnée. Un geste financier consenti en conciliation n'emporte pas en soi reconnaissance d'une faute et met souvent fin au différend, mais il doit être formalisé avec soin.

À défaut d'accord, la plainte est transmise à la chambre disciplinaire de première instance, qui recherche si le montant était justifié au regard de l'acte, des circonstances et de l'information délivrée. Elle peut prononcer l'une des peines de l'article L.4124-6 du Code de la santé publique : avertissement, blâme, interdiction temporaire d'exercer ou radiation. Elle ne peut pas ordonner le remboursement du patient : ce pouvoir appartient à la section des assurances sociales, dans les conditions décrites ci-dessous, ou au juge civil.

Lire l'article sur la conciliation devant le conseil départemental →
v.
L'assurance maladie

La caisse : pénalité financière et section des assurances sociales

L'article L.162-1-14-1 du Code de la sécurité sociale permet au directeur de la caisse de sanctionner le professionnel qui expose les assurés à des dépassements « excédant le tact et la mesure », à des dépassements non conformes à la convention, ou qui a omis l'information écrite préalable. La sanction est prononcée après avis d'une commission, selon la procédure des pénalités financières : pénalité proportionnelle dans la limite de deux fois le montant des dépassements en cause et, en cas de récidive, retrait temporaire du droit à dépassement ou suspension de la participation des caisses aux cotisations sociales. Elle se conteste devant le pôle social du tribunal judiciaire.

La caisse peut aussi saisir la section des assurances sociales de la chambre disciplinaire. L'article L.145-2 du même code lui permet, en cas d'abus d'honoraires, d'ordonner le remboursement à l'assuré du trop-perçu ou le reversement du trop-remboursé aux organismes, même sans autre sanction, et de prononcer une interdiction de donner des soins aux assurés sociaux. Ces sanctions ne se cumulent pas avec les peines ordinales prononcées pour les mêmes faits : seule la plus forte peut être mise à exécution.

La caisse ne peut pas non plus, pour un même comportement, recourir à la fois à la pénalité de l'article L.162-1-14-1 et aux procédures conventionnelles. Identifier la voie choisie, vérifier le respect du contradictoire et contester la sélection des facturations retenues sont les premiers réflexes de la défense.

Pénalité
2 fois maximum
le montant des dépassements en cause, art. L.162-1-14-1 CSS
Section des assurances sociales
remboursement
du trop-perçu, art. L.145-2 CSS
Non-cumul
sanction la plus forte
entre section des assurances sociales et chambre ordinale
Lire l'article sur la pénalité financière et la commission des pénalités →
vi.
Jurisprudence récente

Ce que disent les juges

L'article R.4127-53 n'a pas été modifié par le décret du 27 juillet 2026 : les décisions suivantes appliquent le texte aujourd'hui en vigueur.

Chambre disciplinaire nationale de l'Ordre des médecins, 10 avril 2025, n° 16376 — Un médecin généraliste, seul à accepter de se déplacer de nuit à cinquante kilomètres pour constater un décès, avait fixé ses honoraires à 200 euros. La chambre ne lui reproche ni ce montant, justifié par les conditions du déplacement, ni d'avoir vérifié que la famille l'acceptait, mais d'avoir expressément conditionné sa venue au paiement alors que la famille n'avait pas le choix : c'est un manque de tact au sens de l'article R.4127-53. Sanction ramenée à un mois d'interdiction d'exercer avec sursis. Le tact et la mesure portent aussi sur la manière de réclamer.

Chambre disciplinaire nationale de l'Ordre des médecins, 3 avril 2025, n° 15812 — Une patiente soutenait ne pas avoir été informée des dépassements d'une ophtalmologue. La chambre rejette la plainte : un devis de dépassement de 70 euros avait été remis, le dépassement du second œil était connu et le tarif de l'examen complémentaire était affiché au cabinet. Elle rappelle qu'il n'appartient pas à la juridiction disciplinaire d'accorder des dommages-intérêts.

Chambre disciplinaire nationale de l'Ordre des médecins, 9 octobre 2025, n° 16025 — Après une chirurgie réfractive, une patiente reprochait à l'ophtalmologue un devis insuffisant et des honoraires excessifs. La chambre relève un devis suffisamment détaillé, un délai de réflexion suffisant et des honoraires acceptés et « normaux pour ce type d'intervention », rejette la requête, la juge abusive et condamne son auteur à une amende. Un devis préalable précis et daté, remis avec un délai de réflexion, protège le médecin.

vii.
Défense

Préparer la défense d'un dépassement d'honoraires

Une défense solide repose sur des éléments objectifs : durée réelle des actes, complexité, comptes rendus, temps de préparation et de suivi inclus dans l'honoraire, formation et notoriété documentées, pratiques de la même spécialité dans le même bassin. Elle vérifie ensuite l'information : affichage, écrits préalables, réponses apportées aux demandes d'explication. C'est souvent la combinaison d'un montant expliqué et d'une information prouvée qui emporte la conviction.

  • Ne modifiez ni vos notes d'honoraires ni vos écrits préalables après la plainte.
  • Réunissez les écrits signés, la preuve de l'affichage et les échanges avec le patient.
  • Face à la caisse, demandez la liste exhaustive des dossiers retenus et le mode de calcul des sommes.
  • Déclarez la procédure à votre assureur sans attendre.

Dans la majorité des dossiers, vous ne payez aucun honoraire au-delà de ce que prend en charge votre assureur (responsabilité civile professionnelle ou protection juridique), en conciliation comme en jugement. Vous choisissez librement votre avocat.

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Questions fréquentes

Existe-t-il un plafond légal au dépassement d'honoraires en secteur 2 ?

Le code de déontologie ne fixe pas de plafond chiffré : le critère est le tact et la mesure, apprécié au cas par cas selon l'acte, les circonstances et le patient. Le médecin adhérent à l'OPTAM est en revanche tenu par le taux de dépassement prévu par son contrat.

Un patient peut-il porter plainte parce qu'il juge la consultation trop chère ?

Oui. Il saisit le conseil départemental, qui organise une conciliation. En cas d'échec, la chambre disciplinaire examine si le montant était justifié et si l'information préalable a été donnée.

L'information écrite est-elle obligatoire en dessous de 70 euros ?

L'écrit préalable est exigé à partir de 70 euros, dépassement inclus. L'affichage dans la salle d'attente et l'information préalable sur le montant restent dus dans tous les cas, et un écrit est recommandé dès que l'acte sort de l'ordinaire.

La caisse peut-elle me sanctionner sans passer par l'Ordre ?

Oui. Le directeur de la caisse peut prononcer une pénalité financière pour dépassements excédant le tact et la mesure ou pour défaut d'information écrite, après avis d'une commission. Cette décision se conteste devant le pôle social du tribunal judiciaire.

Puis-je facturer un dépassement à un bénéficiaire de la complémentaire santé solidaire ?

Non, ces patients doivent se voir appliquer les tarifs conventionnels. Un dépassement qui leur est facturé expose à une sanction de la caisse et à une plainte ordinale.

Que risque-t-on devant la section des assurances sociales ?

L'avertissement, le blâme, l'interdiction temporaire ou permanente de donner des soins aux assurés sociaux et, en cas d'abus d'honoraires, le remboursement du trop-perçu à l'assuré ou du trop-remboursé à la caisse. Ces sanctions ne se cumulent pas avec les peines ordinales prononcées pour les mêmes faits.

Rembourser le patient met-il fin à la procédure ?

Pas automatiquement. Un accord en conciliation conduit souvent au retrait de la plainte, mais le conseil départemental comme la caisse peuvent poursuivre de leur propre initiative. Le remboursement doit être négocié et formalisé avec prudence.

Une notification CPAM entre les mains ?

Le délai court dès réception. Premier entretien de 20 minutes offert et confidentiel pour faire expertiser le courrier avant de répondre.

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