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Contentieux · Ordre

La conciliation ordinale : une réunion qui engage la suite de la procédure

La conciliation est le passage obligé de toute plainte portée par un patient ou un tiers devant le conseil départemental de l'Ordre. Elle n'est ni une audience ni une formalité : ce qui s'y dit et ce qui s'y signe oriente la transmission du dossier, l'avis du conseil et parfois l'issue de l'affaire. Cette page décrit son cadre, son déroulement et les choix à faire avant d'y entrer.

Commission de conciliation du CDOMConseil départemental de l'OrdreCDPI Île-de-France
i.
Cadre légal

Le cadre : l'article L.4123-2 du Code de la santé publique

L'article L.4123-2 du Code de la santé publique institue auprès de chaque conseil départemental une commission de conciliation composée d'au moins trois de ses membres ; la conciliation peut être conduite par un ou plusieurs d'entre eux. Lorsqu'une plainte est portée devant le conseil, son président en accuse réception, en informe le médecin et convoque les deux parties dans un délai d'un mois à compter de l'enregistrement.

La conciliation est obligatoire pour les plaintes de patients, de confrères ou de tiers. Elle ne s'applique pas lorsque le conseil départemental ou national saisit lui-même la chambre disciplinaire, ni aux plaintes des caisses devant la section des assurances sociales. En cas d'échec, le président transmet la plainte à la chambre disciplinaire de première instance avec l'avis motivé du conseil dans les trois mois de l'enregistrement, en s'y associant le cas échéant.

Deux garanties complètent le dispositif. Si le litige met en cause un membre du conseil départemental, son président demande sans délai au président du Conseil national de désigner un autre conseil pour procéder à la conciliation. Si le conseil départemental reste inactif, le plaignant peut demander au président du Conseil national de saisir directement la chambre, ce qu'il fait dans le délai d'un mois.

Commission de conciliation
3 membres au moins
art. L.4123-2 CSP
Convocation
dans le mois
de l'enregistrement de la plainte
Transmission en cas d'échec
3 mois
avec l'avis motivé du conseil
ii.
Avant la réunion

La convocation et la préparation de la réunion

La convocation indique la date, le lieu et l'objet de la plainte, dont la copie est jointe ou peut être demandée. Entre la réception du courrier et la réunion, il s'écoule souvent deux à trois semaines. Un report peut être demandé pour un motif sérieux ; le conseil, tenu en principe de transmettre la plainte dans les trois mois de son enregistrement, n'accorde pas de reports répétés.

La préparation consiste à relire le dossier médical, à reconstituer la chronologie et à identifier ce que le plaignant reproche réellement. Derrière un grief technique se cache souvent un défaut d'explication ; derrière un grief de comportement, une attente non satisfaite. Comprendre ce que le patient attend permet de savoir si un rapprochement est possible et à quelles conditions.

Rien n'interdit au médecin de venir accompagné de son avocat ; l'article R.4123-20 du Code de la santé publique prévoit d'ailleurs que le procès-verbal est signé par les parties ou leurs représentants. L'usage est d'en informer le conseil à l'avance. L'avocat n'y plaide pas : il veille à ce que le médecin ne s'engage pas au-delà de ce qu'il souhaite, à la rédaction du procès-verbal et à la cohérence avec ce qui sera écrit plus tard devant la chambre.

Lire l'article sur la conciliation devant le CDOM →
iii.
Pendant la réunion

Le déroulement de la conciliation

La réunion se tient dans les locaux du conseil départemental, devant un ou plusieurs conseillers ordinaux. Le plaignant expose ses griefs, puis le médecin répond. Les conciliateurs posent des questions, reformulent et cherchent les points d'accord. Ils ne tranchent pas : ils n'ont aucun pouvoir juridictionnel et leur rôle est de rapprocher les parties.

L'attitude du médecin est déterminante. Il est attendu qu'il écoute sans interrompre, réponde aux faits et non à la personne, évite toute mise en cause du patient et n'entre pas dans une démonstration technique que les conciliateurs ne sont pas là pour arbitrer. Une explication claire et calme de ce qui a été fait et pourquoi est souvent ce que le patient attendait depuis le début.

Il est inutile, et parfois dangereux, de vouloir convaincre à tout prix. Certaines plaintes ne se concilient pas : celles qui reposent sur une demande d'indemnisation que l'Ordre ne peut accorder, celles qui accusent le médecin de faits qu'il conteste totalement, celles d'un plaignant procédurier. L'objectif est alors de montrer aux conciliateurs, dont l'avis suivra le dossier, un médecin ouvert et précis face à une plainte qui ne tient pas.

Conciliateurs
membres du CDOM
sans pouvoir de sanction
Objet
rapprocher les parties
pas de décision sur le fond
iv.
À l'issue de la réunion

Le procès-verbal : conciliation totale, partielle ou non-conciliation

La réunion se termine par un procès-verbal signé par les parties ou leurs représentants et par les conciliateurs (article R.4123-20). La conciliation totale constate que le plaignant renonce à sa plainte ou que les parties se sont accordées sur tous les griefs : la procédure s'arrête. La conciliation partielle fait apparaître les points de désaccord qui subsistent, seuls transmis à la chambre. La non-conciliation entraîne la transmission de la plainte entière, le procès-verbal y étant joint.

La rédaction mérite une attention particulière. Le procès-verbal ne doit contenir aucune reconnaissance de faute déontologique, sauf décision prise en connaissance de cause. « Le docteur reconnaît avoir manqué à son devoir d'information » est une formule qui suivra le dossier et pourra être produite dans une procédure civile ou pénale ; « le docteur regrette que le patient n'ait pas compris les explications données » n'est pas un aveu. Le médecin peut demander la modification d'une formulation avant de signer, et refuser de signer un texte qui ne reflète pas ses propos.

  • Vérifiez que les griefs conciliés sont clairement distingués de ceux qui ne le sont pas.
  • Vérifiez que les engagements pris sont précis, réalisables et limités dans le temps.
  • Un exemplaire original doit vous être remis ou adressé : vérifiez qu'il correspond au texte signé.
Signer n'est pas obligatoireSi une formulation vous engage au-delà de ce que vous avez dit, demandez sa modification ou refusez de signer en l'état. Un refus motivé vaut mieux qu'un aveu écrit.
v.
Stratégie

Accepter, refuser ou formuler : les choix à faire avant d'entrer

La stratégie se décide avant la réunion, à partir d'une question simple : que coûterait une conciliation, et que coûterait une transmission à la chambre ? Accepter de concilier n'a de sens que si le plaignant attend quelque chose que le médecin peut donner sans se nuire : des explications, des excuses sur la forme, la remise d'un document, une orientation vers un confrère. Ces gestes ne constituent pas une reconnaissance de faute et peuvent éteindre une plainte qui aurait mobilisé des mois de procédure.

Refuser se justifie lorsque le grief est grave et contesté, lorsque le plaignant réclame une indemnisation ou une reconnaissance de responsabilité, ou lorsqu'un accord serait exploité dans une procédure civile ou pénale en cours ou prévisible. La réunion est alors consacrée à exposer calmement la position du médecin et à obtenir un procès-verbal neutre.

Formuler est l'option intermédiaire la plus fréquente : proposer une formule d'accord limitée à ce que le médecin assume, rédigée à l'avance. Acceptée, elle produit une conciliation totale ou partielle sans concession sur le fond ; refusée, elle atteste de la bonne volonté du médecin dans l'avis du conseil.

Excuses sur la forme
possibles
sans reconnaissance de faute
Indemnisation
hors champ
l'Ordre ne peut pas l'accorder
vi.
Jurisprudence récente

Ce que disent les juges

Chambre disciplinaire nationale de l'Ordre des médecins, 10 juillet 2025, n° 16547 — Le délai de trois mois prévu pour transmettre la plainte n'est pas prescrit à peine de forclusion : une transmission tardive ne rend pas la plainte irrégulière. La chambre ajoute que les propos tenus lors de la conciliation ne peuvent être pris en compte par la juridiction disciplinaire, de sorte que les inexactitudes alléguées du procès-verbal sont sans incidence sur la régularité de la procédure. À retenir : la défense ne se gagne pas sur le calendrier de la conciliation, mais un procès-verbal inexact se conteste immédiatement, avant d'être joint au dossier.

Chambre disciplinaire nationale de l'Ordre des médecins, 31 janvier 2024, n° 14769 — Le conseil départemental satisfait à son obligation dès lors qu'il a convoqué les parties à une réunion de conciliation. L'absence de la plaignante, qui refusait d'être confrontée au médecin, a donné lieu à un procès-verbal de carence et n'a pas rendu la procédure irrégulière. À retenir : l'absence du plaignant n'éteint pas la plainte ; le médecin a intérêt à se présenter et à le faire constater.

CE, 25 février 2026, n° 509751 — Un chirurgien soutenait que la plainte était irrecevable faute pour la plaignante d'avoir participé personnellement à la réunion de conciliation, alors qu'elle y était représentée. Le Conseil d'État a jugé qu'aucun des moyens du pourvoi n'était de nature à permettre son admission. À retenir : la représentation d'une partie à la conciliation suffit en pratique, et la défense doit se concentrer sur le fond des griefs. Lire la décision

vii.
Et après

Les effets de la conciliation sur la suite de la procédure

En cas de conciliation totale, la plainte est éteinte. Le conseil conserve néanmoins la faculté, s'il estime que les faits révèlent un manquement grave, de saisir la chambre de sa propre initiative ; l'hypothèse est rare mais existe. En cas de conciliation partielle ou de non-conciliation, la plainte est transmise avec le procès-verbal et l'avis motivé du conseil, qui indique s'il s'associe ou non à la plainte.

Cet avis est le principal effet de la conciliation sur la suite. Rédigé par des confrères qui ont vu les deux parties, il donne leur sentiment sur la plainte. Un avis relevant que le médecin a fourni des explications claires n'a pas la même portée qu'un avis relevant son absence ou son refus de tout dialogue. La chambre n'est pas liée par cet avis, mais elle le lit. Selon la chambre disciplinaire nationale, les propos tenus pendant la réunion ne peuvent, en revanche, être pris en compte par la juridiction.

Nous assistons les médecins de la préparation de la réunion à la rédaction du procès-verbal, puis devant la chambre disciplinaire si la plainte est transmise. Dans la majorité des dossiers, vous ne payez aucun honoraire au-delà de ce que prend en charge votre assureur (responsabilité civile professionnelle ou protection juridique), en conciliation comme en jugement. Vous choisissez librement votre avocat.

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Comprendre la procédure devant la chambre disciplinaire d'Île-de-France →

Questions fréquentes

La conciliation est-elle obligatoire pour toutes les plaintes ?

Elle l'est pour les plaintes portées par un patient, un confrère ou un tiers devant le conseil départemental. Elle ne s'applique pas lorsque le conseil saisit lui-même la chambre disciplinaire, ni aux plaintes des caisses devant la section des assurances sociales.

Puis-je être assisté par un avocat pendant la conciliation ?

Oui. Rien ne s'y oppose et l'usage est d'en informer le conseil départemental avant la réunion. L'avocat ne plaide pas : il veille à ce que vous ne preniez pas d'engagement excessif et à la rédaction exacte du procès-verbal.

Présenter des excuses au patient revient-il à reconnaître une faute ?

Non, si les excuses portent sur la forme ou le vécu du patient et non sur un manquement déontologique. La différence tient à la formulation retenue dans le procès-verbal, à relire attentivement avant de signer.

Que se passe-t-il si le plaignant ne se présente pas ?

Le conseil constate son absence dans un procès-verbal et transmet la plainte à la chambre avec son avis. La chambre disciplinaire nationale juge que la procédure reste régulière dès lors que les parties ont été convoquées : l'absence du plaignant n'éteint donc pas la plainte.

Le conseil peut-il classer la plainte après une conciliation qui a échoué ?

Non. En cas d'échec, l'article L.4123-2 du Code de la santé publique lui impose de transmettre la plainte à la chambre disciplinaire avec son avis motivé, en principe dans les trois mois ; ce délai n'est pas prescrit à peine de forclusion. Le conseil choisit seulement de s'associer ou non à la plainte.

Une conciliation réussie peut-elle être invoquée dans une procédure civile ou pénale ?

Le procès-verbal est un document signé qui peut être produit ailleurs. C'est pourquoi il ne doit contenir aucune reconnaissance de faute et pourquoi une conciliation est déconseillée lorsqu'une action indemnitaire ou pénale est en cours ou prévisible.

Combien de temps dure la réunion ?

La durée dépend du nombre de griefs et de la disponibilité des parties au dialogue ; prévoyez une plage suffisante pour ne pas écourter les échanges. Une préparation sérieuse permet d'aller à l'essentiel.

Une notification CPAM entre les mains ?

Le délai court dès réception. Premier entretien de 20 minutes offert et confidentiel pour faire expertiser le courrier avant de répondre.

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