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Contentieux · Ordre

Plainte devant l'Ordre des médecins : les premières semaines décident de la suite

Un courrier du conseil départemental vous informe qu'une plainte a été enregistrée contre vous. La convocation en conciliation est déjà fixée et la tentation est grande de répondre immédiatement pour se justifier. C'est précisément le moment où une réponse improvisée coûte le plus cher. Cette page explique ce qui se passe du côté de l'Ordre, ce que vous devez faire dans les quinze premiers jours et comment construire une réponse écrite solide.

Conseil départemental de l'Ordre (CDOM)Commission de conciliationCDPI Île-de-FranceSection des assurances sociales
i.
Étape 1

La réception de la plainte par le conseil départemental

Toute personne peut adresser une plainte au conseil départemental de l'Ordre où vous êtes inscrit : un patient ou sa famille, un confrère, un établissement, une association, une caisse. L'article R.4126-1 du Code de la santé publique exige seulement que la plainte soit signée.

Dès l'enregistrement, l'article L.4123-2 du Code de la santé publique impose au président du conseil d'accuser réception au plaignant, de vous informer et de convoquer les deux parties à une conciliation dans un délai d'un mois. Le courrier reçu est donc à la fois une notification et une convocation. Il contient en principe la copie de la plainte ; sinon, demandez-la par écrit sans attendre.

Le conseil départemental n'est pas une juridiction. Il ne juge pas la plainte et ne peut pas vous sanctionner. Son rôle est d'organiser la conciliation puis, en cas d'échec, de transmettre le dossier à la chambre disciplinaire de première instance avec un avis motivé, dans les trois mois de l'enregistrement. Ce délai court explique que tout s'enchaîne vite.

Convocation en conciliation
1 mois
à compter de l'enregistrement, art. L.4123-2 CSP
Transmission à la chambre
3 mois
en cas d'échec de la conciliation
Forme de la plainte
signée
art. R.4126-1 CSP, sans autre condition
ii.
Étape 2

Les quinze premiers jours : ce qu'il faut faire et ne pas faire

La première erreur consiste à écrire au conseil le jour même, sous le coup de l'émotion, pour expliquer que la plainte est absurde. Ce courrier restera au dossier, sera transmis à la chambre disciplinaire et lu par des confrères assesseurs. Une mise en cause du patient ou une contradiction avec le dossier médical y seront relevées. La seconde erreur consiste à contacter le plaignant pour régler l'affaire directement : ce contact sera presque toujours interprété comme une pression.

  • Lisez la plainte deux fois, puis copiez intégralement le dossier médical du patient, sans rien modifier ni compléter.
  • Reconstituez la chronologie à partir du dossier, des agendas et des courriers échangés avec les correspondants.
  • Déclarez la plainte à votre assureur de responsabilité civile professionnelle ou de protection juridique : la garantie de défense devant l'Ordre est le plus souvent incluse.
  • Prenez contact avec un avocat avant tout écrit, même une demande de report.
  • Ne modifiez ni vos pratiques ni vos écrits professionnels à la hâte : un changement postérieur à la plainte peut être présenté comme un aveu.

Ces quinze jours servent aussi à qualifier la plainte. Un grief de comportement ne se prépare pas comme un grief technique ; la stratégie de conciliation en dépend.

Aucun écrit sans relectureTout ce que vous écrivez au conseil départemental peut être transmis à la chambre disciplinaire et à la partie adverse. Une réponse rédigée sous le coup de la colère ne se rattrape pas.
Lire l'article sur les 15 premiers jours après une plainte ordinale
iii.
Étape 3

La réponse écrite et les pièces à réunir

Rien n'oblige le médecin à répondre par écrit avant la conciliation. Il est pourtant souvent utile d'adresser au conseil, quelques jours avant la réunion, une note factuelle et mesurée. Elle donne aux conciliateurs une vision équilibrée des faits et, si la plainte est transmise, constitue une première pièce de la défense. Elle doit être courte, chronologique, exempte de tout jugement sur le plaignant et strictement fidèle au dossier médical.

Les pièces sont choisies avec la même prudence. Le dossier du patient plaignant peut être produit dans la mesure nécessaire à la défense, puisque c'est lui qui a saisi l'Ordre. Les éléments relatifs à d'autres patients doivent être anonymisés. Les pièces habituelles sont le dossier médical, les comptes-rendus, les courriers aux correspondants, les ordonnances, les attestations de formation et, le cas échéant, les protocoles de l'établissement.

La réponse se lit enfin à la lumière du Code de déontologie médicale : chaque grief renvoie à un article précis (information du patient, secret, continuité des soins, certificats, confraternité).

iv.
Étape 4

La conciliation obligatoire et la décision de transmettre

La réunion de conciliation est conduite par un ou plusieurs membres de la commission de conciliation du conseil. Elle se conclut par un procès-verbal de conciliation totale, partielle ou de non-conciliation. Son déroulement et la stratégie à y adopter font l'objet de la page consacrée à la conciliation ordinale.

En cas d'échec, le président transmet la plainte à la chambre disciplinaire avec l'avis motivé du conseil. Deux points sont à comprendre. Le conseil ne dispose pas du pouvoir de classer la plainte d'un patient : sans conciliation, la transmission est de droit. Il délibère en revanche sur la question de savoir s'il s'associe à la plainte. Un conseil qui s'associe devient partie poursuivante ; un conseil qui ne s'associe pas transmet néanmoins, mais son avis peut être favorable au médecin, ce qui pèse devant la chambre.

En cas de carence du conseil départemental, l'article L.4123-2 permet au plaignant de demander au président du Conseil national de saisir lui-même la chambre. Le médecin n'a donc aucun intérêt à jouer la montre.

Issue de la conciliation
procès-verbal
totale, partielle ou non-conciliation
Avis du CDOM
motivé
avec ou sans association à la plainte
v.
Cas particulier

Quand le conseil départemental porte plainte lui-même

L'article R.4126-1 réserve l'action disciplinaire au conseil national et au conseil départemental, qui agissent de leur propre initiative ou à la suite d'une plainte. Le conseil peut donc, après délibération, saisir directement la chambre sans plainte d'un tiers : communication jugée non conforme, défaut de réponse à ses demandes, signalement d'un établissement ou de l'ARS, condamnation pénale, faits révélés par un contrôle de la caisse.

Cette plainte n'est pas précédée d'une conciliation, le conseil étant à la fois conciliateur et plaignant. Le médecin se retrouve directement devant la chambre, face à un plaignant institutionnel. La défense se prépare dès la première lettre du conseil demandant des explications, car c'est sur ces explications que la délibération de plainte sera prise.

Une règle protège les médecins chargés d'un service public. L'article L.4124-2 du Code de la santé publique prévoit qu'ils ne peuvent être traduits devant la chambre, pour les actes de leur fonction publique, que par le ministre chargé de la santé, le préfet, le directeur général de l'ARS, le procureur de la République, le conseil national ou le conseil départemental. La plainte directe d'un patient contre un praticien hospitalier pour un acte accompli à l'hôpital est irrecevable, sauf si le conseil la reprend à son compte.

Plainte du CDOM
sans conciliation
saisine directe de la chambre
Médecin de service public
art. L.4124-2 CSP
plainte du patient seul irrecevable
Consulter le guide complet de la procédure ordinale
vi.
Cas particulier

La plainte de la CPAM devant la section des assurances sociales

La caisse dispose d'une voie disciplinaire propre. L'article L.145-1 du Code de la sécurité sociale soumet les fautes, abus, fraudes et tous faits intéressant l'exercice de la profession, relevés à l'occasion des soins aux assurés sociaux, à une formation particulière de la chambre disciplinaire : la section des assurances sociales. La plainte suit généralement un contrôle d'activité et ne passe pas par la conciliation.

Les sanctions sont spécifiques : interdiction temporaire ou permanente, avec ou sans sursis, du droit de donner des soins aux assurés sociaux, et, en cas d'abus d'honoraires, remboursement du trop-perçu. Une interdiction de donner des soins aux assurés revient à priver le médecin libéral de sa patientèle pendant la durée fixée. Cette plainte se cumule avec l'indu, la pénalité financière et, parfois, la plainte pénale pour escroquerie ; les réponses données au médecin-conseil deviennent les pièces du dossier disciplinaire.

Nous préparons ces dossiers en cohérence, du contrôle jusqu'à la section des assurances sociales, avec une fibre pénale particulièrement utile dans cette matière. Dans la majorité des dossiers, vous ne payez aucun honoraire au-delà de ce que prend en charge votre assureur (responsabilité civile professionnelle ou protection juridique), en conciliation comme en jugement. Vous choisissez librement votre avocat.

ODAYA Avocats intervient à Paris, en Île-de-France et partout en France. Le premier entretien téléphonique de 20 minutes est offert et confidentiel : apportez la plainte et la convocation, nous vous indiquons ce qu'il faut écrire et comment aborder la conciliation.

Fondement
art. L.145-1 CSS
fautes, abus, fraudes envers les assurés
Sanction propre
interdiction de soins aux assurés
avec ou sans sursis, plus remboursement
Lire l'article sur vos droits pendant le contrôle d'activité

Questions fréquentes

Le conseil départemental peut-il rejeter une plainte infondée ?

Non, lorsqu'elle émane d'un patient ou d'un tiers. En l'absence de conciliation, l'article L.4123-2 du Code de la santé publique lui impose de la transmettre à la chambre disciplinaire avec son avis motivé. Il peut en revanche refuser de s'y associer et émettre un avis favorable au médecin.

Dois-je répondre par écrit avant la conciliation ?

Ce n'est pas une obligation. Une note courte, factuelle et relue par un avocat est souvent utile. Une réponse longue ou polémique est à proscrire, car elle suivra le dossier jusqu'à la chambre disciplinaire.

Puis-je produire le dossier médical du patient qui a porté plainte ?

Oui, dans la mesure nécessaire à votre défense, puisque c'est lui qui a saisi l'Ordre. Les informations concernant d'autres patients doivent être anonymisées. Le dossier ne doit jamais être modifié après réception de la plainte.

Un patient peut-il porter plainte pour un acte accompli à l'hôpital ?

Pour les actes relevant du service public, l'article L.4124-2 du Code de la santé publique réserve l'action disciplinaire à certaines autorités. La plainte du patient seul est irrecevable devant la chambre, sauf si le conseil départemental la reprend à son compte.

Que se passe-t-il si je ne me présente pas à la conciliation ?

Un procès-verbal de non-conciliation est dressé et la plainte est transmise à la chambre avec un avis qui mentionnera votre absence. Sauf motif sérieux, demandez un report plutôt que de ne pas vous présenter.

La plainte de la CPAM suit-elle le même circuit que celle d'un patient ?

Non. La caisse saisit directement la section des assurances sociales sur le fondement de l'article L.145-1 du Code de la sécurité sociale, sans conciliation. Les sanctions sont spécifiques : interdiction de donner des soins aux assurés sociaux et remboursement des sommes.

Mon assureur prend-il en charge la défense devant l'Ordre ?

La plupart des contrats de responsabilité civile professionnelle et de protection juridique couvrent la défense devant les instances ordinales, à condition d'une déclaration rapide. Nous vérifions votre contrat lors du premier échange.

Une notification CPAM entre les mains ?

Le délai court dès réception. Premier entretien de 20 minutes offert et confidentiel pour faire expertiser le courrier avant de répondre.

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