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Contentieux · CPAM

Pénalité financière CPAM : la procédure de l'article L. 114-17-1

La pénalité financière est une sanction administrative que le directeur de la caisse prononce lui-même, sans juge. Elle vient s'ajouter au remboursement de l'indu et peut atteindre plusieurs fois le montant en cause. La procédure comporte des garanties précises : un délai d'un mois pour répondre, une audition, l'avis d'une commission. Chacune d'elles se prépare.

Directeur de la CPAMCommission des pénalitésPôle social du tribunal judiciaireCour d'appel
i.
Le texte

Une sanction prononcée par la caisse elle-même

L'article L. 114-17-1 du code de la sécurité sociale autorise le directeur de l'organisme d'assurance maladie à prononcer une pénalité financière à l'encontre d'un professionnel de santé, notamment en cas d'inobservation des règles du code ayant abouti à un versement indu, de facturation d'actes non réalisés ou non conformes, de refus de se soumettre à un contrôle ou de non-respect des règles de prescription.

La pénalité est distincte de l'indu : l'indu répare, la pénalité punit. Les deux se cumulent. Sa procédure propre est fixée aux articles R. 147-1 et suivants du même code.

Une pénalité devenue définitive compte comme antécédent, et l'article L. 162-15-1 du code de la sécurité sociale prévoit le placement hors convention du professionnel qui fait l'objet d'une seconde pénalité ou condamnation pour fraude en cinq ans, lorsque le préjudice atteint huit fois le plafond mensuel de la sécurité sociale.

Texte
Art. L. 114-17-1 CSS
procédure aux art. R. 147-1 et s.
Nature
Sanction administrative
cumulable avec l'indu et le pénal
Lire l'article détaillé sur la commission des pénalités
ii.
Montants

Les plafonds de pénalité en 2026

Le montant de la pénalité est fixé par le directeur en fonction de la gravité des faits. La loi fixe deux plafonds alternatifs : soit une proportion des sommes concernées, soit un forfait exprimé en plafonds mensuels de la sécurité sociale (PMSS), lequel s'élève à 4 005 € pour l'année 2026 selon l'arrêté du 22 décembre 2025.

  • Cas général : jusqu'à 70 % des sommes concernées ou, à défaut de sommes précisément déterminables, jusqu'à quatre fois le PMSS, soit 16 020 € en 2026.
  • Fraude établie au sens de l'article R. 147-11 du code de la sécurité sociale : les plafonds sont portés à 300 % des sommes concernées ou huit fois le PMSS, soit 32 040 € en 2026.
  • Fraude en bande organisée : jusqu'à 400 % des sommes ou seize fois le PMSS.
  • Récidive dans le délai fixé par voie réglementaire : le montant est doublé.

Ces chiffres sont des maxima. En pratique, le montant retenu dépend de la qualification des faits, en particulier de la reconnaissance ou non d'une fraude, et de l'argumentation développée devant la commission. Une majoration de 10 % s'applique aux pénalités non réglées à la date d'exigibilité.

Cas général
70 % ou 4 PMSS
16 020 € en 2026
Fraude
300 % ou 8 PMSS
32 040 € en 2026
PMSS 2026
4 005 €
arrêté du 22 décembre 2025
iii.
Étapes

Notification, observations, audition, commission, décision

La procédure débute par une notification des faits reprochés, qui doit mentionner le montant de la pénalité encourue. Aux termes de l'article R. 147-2 du code de la sécurité sociale, vous disposez d'un délai d'un mois à compter de sa réception pour présenter des observations écrites ou demander à être entendu. Vous pouvez vous faire assister ou représenter par la personne de votre choix, donc par votre avocat.

À l'issue de ce délai, le directeur peut abandonner la procédure, prononcer un simple avertissement ou saisir la commission des pénalités prévue à l'article L. 114-17-2. Cette commission, composée au sein du conseil de la caisse et comprenant des représentants de la profession, rend un avis motivé sur la matérialité des faits, la responsabilité du professionnel et le montant proposé. Elle dispose de deux mois pour se prononcer, délai prolongeable d'un mois.

Le directeur arrête ensuite sa décision et la notifie, avec le montant exact et le délai de paiement, en principe de deux mois. La loi permet désormais de se passer de l'avis de la commission dans certaines hypothèses, notamment lorsque le préjudice n'excède pas huit fois le PMSS ; il convient donc de vérifier dès la notification initiale si la commission sera saisie.

Observations
1 mois
art. R. 147-2 CSS, écrit ou audition
Avis de la commission
2 mois
prolongeable d'un mois
Un mois, pas un jour de plusLe délai d'un mois court à compter de la réception de la notification des faits. Sans observations ni demande d'audition dans ce délai, le directeur peut poursuivre sur la seule base de son dossier. Demandez l'audition par écrit, avec accusé de réception, dès les premiers jours.
iv.
Défense

Ce que l'on plaide devant la commission

La défense, devant le directeur puis devant la commission, s'organise autour de trois axes.

  • La matérialité des faits : la pénalité repose généralement sur les constats d'un contrôle d'activité. Si ces constats ont été obtenus en violation de la procédure contradictoire, ou si le tableau des actes est incomplet, le fondement même de la pénalité disparaît.
  • La qualification : l'essentiel du débat porte sur la distinction entre l'inobservation des règles et la fraude. La fraude suppose un élément intentionnel, que la caisse doit établir. Une pratique de cotation erronée mais constante, appliquée de bonne foi, ne relève pas de la fraude.
  • La proportionnalité : le montant doit tenir compte de la gravité des faits, de l'absence d'antécédent, de la régularisation spontanée, du contexte d'exercice. Le directeur n'est pas lié par l'avis de la commission, mais un avis favorable pèse.

Les observations écrites doivent être rédigées avec la même prudence que dans un dossier pénal : elles seront versées à toute procédure ultérieure.

Guide complet du contrôle CPAM
v.
Recours

Contester la pénalité devant le pôle social

La décision du directeur peut être contestée devant le tribunal judiciaire spécialement désigné, c'est-à-dire le pôle social, dans le délai indiqué sur la notification. Contrairement à l'indu, la pénalité ne relève pas d'un passage obligé par la commission de recours amiable : le recours s'exerce directement devant le juge, qui exerce un contrôle de pleine juridiction et peut annuler la pénalité, la réduire ou la confirmer.

Le juge vérifie d'abord la régularité de la procédure : respect du délai d'un mois, mention du montant encouru dans la notification initiale, saisine et composition de la commission, motivation de la décision. Il apprécie ensuite le bien-fondé des griefs et la proportionnalité de la sanction. L'action en recouvrement de la pénalité se prescrit par deux ans à compter de l'envoi de la notification.

Juridiction
Pôle social du TJ
pleine juridiction, sans CRA préalable
Recouvrement
2 ans
à compter de l'envoi de la notification
vi.
Vue d'ensemble

Indu, pénalité, pénal : trois fronts à coordonner

La pénalité financière est rarement isolée. Elle intervient après une notification d'indu, parfois en même temps qu'une saisine de la section des assurances sociales de l'Ordre, et peut précéder ou accompagner une plainte pénale pour escroquerie. La cohérence de la ligne de défense d'un dossier à l'autre est le point le plus souvent négligé.

C'est pourquoi une fibre pénale est particulièrement utile dans cette matière. La qualification de fraude, qui conditionne le plafond de la pénalité, est aussi celle qui ouvre la voie aux poursuites : la contester sérieusement dès le stade administratif protège le médecin sur tous les fronts à la fois.

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Fraude CPAM et poursuites pénales

Questions fréquentes

Quelle différence entre l'indu et la pénalité financière ?

L'indu est le remboursement des sommes que la caisse estime avoir versées à tort ; il répare. La pénalité financière est une sanction qui s'y ajoute et punit le manquement. Les deux procédures sont distinctes mais portent souvent sur les mêmes faits.

Quel est le montant maximal d'une pénalité financière en 2026 ?

Dans le cas général, jusqu'à 70 % des sommes concernées ou quatre fois le plafond mensuel de la sécurité sociale, soit 16 020 € en 2026. En cas de fraude établie, jusqu'à 300 % des sommes ou huit fois le plafond, soit 32 040 €. Le montant est doublé en cas de récidive.

Puis-je être assisté par un avocat lors de l'audition ?

Oui. L'article R. 147-2 du code de la sécurité sociale prévoit expressément que la personne en cause peut se faire assister ou représenter par la personne de son choix, tant devant le directeur que devant la commission des pénalités.

La commission des pénalités est-elle toujours saisie ?

Non. Le directeur peut abandonner la procédure ou se limiter à un avertissement, et la loi lui permet de prononcer la pénalité sans avis de la commission dans certains cas, notamment lorsque le préjudice n'excède pas huit fois le plafond mensuel.

Le recours au tribunal suspend-il le paiement ?

Non, le recours devant le pôle social n'a pas d'effet suspensif de plein droit. Il faut solliciter auprès de la caisse un sursis ou un échelonnement, et le juge peut être saisi d'une demande en ce sens. Une majoration de 10 % s'applique aux pénalités non réglées à l'échéance.

Une pénalité peut-elle entraîner un déconventionnement ?

Indirectement, oui. Une pénalité définitive constitue un antécédent, et l'article L. 162-15-1 du code de la sécurité sociale prévoit le placement hors convention en cas de seconde pénalité ou condamnation pour fraude en cinq ans, lorsque le préjudice atteint huit fois le plafond mensuel de la sécurité sociale.

Que se passe-t-il si je suis aussi poursuivi pénalement pour les mêmes faits ?

Les procédures administrative et pénale sont indépendantes et peuvent se dérouler en parallèle. Les observations produites devant la caisse peuvent être versées au dossier pénal. La défense doit donc être conçue globalement dès la première réponse écrite.

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