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Contentieux · CPAM

Convocation et entretien avec le médecin-conseil

La convocation par le service du contrôle médical est le moment où le dossier de la caisse se constitue. Ce que vous direz, ce que vous signerez et ce que vous apporterez sera repris dans la notification d'indu, la procédure de pénalité ou la plainte qui suivront. L'entretien se prépare comme une audition, avec méthode et sans improvisation.

Service du contrôle médical de la CPAMDirection de la caissePôle social du tribunal judiciaireSection des assurances sociales
i.
Cadre légal

Ce que le contrôle médical est autorisé à faire

L'article L. 315-1 du code de la sécurité sociale confie au service du contrôle médical l'analyse, sur le plan médical, de l'activité des professionnels de santé, notamment au regard des règles conventionnelles et de la tarification. Le même article précise que cette analyse est conduite dans le respect des droits de la défense, selon des conditions fixées par décret. C'est ce cadre réglementaire, aux articles R. 315-1 et suivants, qui organise l'entretien.

Le praticien-conseil peut consulter l'ensemble des documents, actes, prescriptions et éléments relatifs à votre activité, y compris les dossiers médicaux de vos patients, et, si besoin, entendre et examiner ces derniers (article R. 315-1-1). Il doit vous en informer au préalable, sauf lorsque l'analyse vise à démontrer une fraude. Le médecin-conseil est lui-même tenu au secret médical : c'est ce qui rend licite la communication d'éléments couverts par le secret dans le cadre du contrôle.

À l'issue de l'analyse, le service vous informe de ses conclusions. Lorsqu'il constate un non-respect des règles, la caisse vous notifie les griefs par lettre recommandée avec avis de réception, et vous pouvez demander à être entendu par le service du contrôle médical dans le mois qui suit cette notification (article R. 315-1-2). L'entretien n'a donc lieu que si vous le demandez : ne laissez pas passer ce mois.

Texte
Art. L. 315-1 CSS
analyse d'activité dans le respect des droits de la défense
Demande d'entretien
1 mois
après notification des griefs, art. R. 315-1-2
Lire l'article détaillé sur l'entretien avec le médecin-conseil →
ii.
Avant l'entretien

Préparer l'entretien : pièces, chronologie, lignes rouges

L'article D. 315-2 du code de la sécurité sociale impose au service du contrôle médical de vous communiquer, avant l'entretien, l'ensemble des éléments nécessaires à sa préparation, comportant notamment la liste des faits reprochés et l'identité des patients concernés. Si la convocation ne contient qu'une date et une heure, la première démarche consiste à réclamer par écrit ces éléments et, s'il y a lieu, un report de l'entretien. Un entretien tenu sans cette communication méconnaît le texte et fragilise toute la suite de la procédure.

Une fois la liste obtenue, la préparation suit trois étapes :

  • Reconstituer les dossiers : pour chaque patient et chaque acte cité, sortir le dossier médical, les comptes rendus, les ordonnances, les courriers de correspondants, la facturation. L'objectif est de pouvoir expliquer chaque acte, pas d'en justifier globalement la pratique.
  • Identifier les thèmes : les griefs se regroupent presque toujours en quelques catégories (cumul d'actes, majorations, fréquence des visites, actes hors nomenclature, prescriptions). Chaque catégorie appelle un argumentaire distinct, fondé sur la nomenclature et sur la réalité clinique.
  • Fixer les lignes rouges : décider à l'avance de ce qui sera reconnu comme une erreur matérielle, de ce qui sera contesté, et de ce sur quoi aucune réponse ne sera donnée sans le dossier sous les yeux.
iii.
Pendant l'entretien

Ce que l'on dit, ce que l'on ne dit pas

L'entretien est un échange confraternel dans la forme, mais un acte de procédure dans le fond. Le praticien-conseil cherche à comprendre votre pratique ; ses questions sont souvent ouvertes et visent la manière habituelle de coter, de prescrire ou d'organiser les visites. Une réponse générale (« je cote toujours ainsi ») transforme un grief ponctuel en pratique systématique, ce qui pèse lourd dans le calcul d'un indu par extrapolation et dans la qualification de fraude.

La bonne attitude consiste à répondre acte par acte, sur pièces, et à différer toute réponse sur un dossier que vous n'avez pas sous les yeux. Il est légitime de dire que l'on vérifiera et que l'on répondra par écrit. Il est également légitime de refuser de commenter des périodes ou des patients qui ne figurent pas dans la liste des faits communiquée.

Le secret médical n'est pas un obstacle à l'entretien, puisque le médecin-conseil y est soumis, mais il limite ce qui peut être remis : les dossiers communiqués doivent être strictement ceux des patients visés, et rien n'oblige à livrer des éléments concernant d'autres patients. Enfin, l'article D. 315-1 vous permet de vous faire assister par un membre de votre profession, et les courriers des caisses mentionnent en pratique la possibilité d'être assisté par un avocat : faites-le savoir par écrit avant l'entretien. Sa présence évite que l'échange dérive vers des déclarations dont vous ne mesurez pas la portée.

Assistance
Confrère ou avocat
art. D. 315-1 CSS et pratique des caisses
Pièces préalables
Faits et patients
art. D. 315-2 CSS
iv.
Le compte rendu

Le procès-verbal : quinze jours pour le corriger

L'entretien donne lieu à un compte rendu, adressé par lettre recommandée avec avis de réception dans les quinze jours. Vous disposez alors de quinze jours pour le retourner signé, accompagné de vos éventuelles réserves. À défaut, il est réputé approuvé (article D. 315-2). Ce document est la pièce centrale de toute la suite : il sera annexé à la notification d'indu, cité dans la procédure de pénalité et versé au dossier pénal le cas échéant.

La relecture doit être minutieuse. Les comptes rendus résument, et un résumé peut transformer une explication nuancée en reconnaissance pure et simple. Chaque formulation inexacte, chaque omission d'un argument présenté, chaque généralisation doit faire l'objet d'une réserve écrite, précise et argumentée, jointe au retour signé.

Les réserves ne sont pas un simple désaccord de principe : elles constituent vos premières observations écrites et doivent déjà contenir les moyens de fond que vous développerez ensuite.

Envoi du PV
15 jours
par LRAR après l'entretien
Retour signé
15 jours
avec réserves, sinon réputé approuvé
Le silence vaut approbationSi le compte rendu n'est pas retourné dans les quinze jours de sa réception, il est réputé approuvé. Ne le laissez jamais sur un coin de bureau : c'est le seul document que vous pouvez encore corriger avant que la caisse n'arrête les suites qu'elle donne aux griefs.
v.
Jurisprudence récente

Ce que disent les juges

Cass. 2e civ., 4 juin 2026, n° 23-20.178 — Un médecin généraliste avait été condamné à rembourser un indu alors que la caisse lui avait fait connaître ses suites après l'expiration du délai de trois mois de l'article D. 315-3 ; la cour d'appel avait jugé ce texte réservé aux procédures disciplinaires. La Cour de cassation casse : quelle que soit la procédure engagée à l'issue du contrôle, la caisse doit avoir notifié les griefs et informé le professionnel des suites envisagées dans les formes et délais impartis. À retenir : le calendrier de l'entretien et des suites se vérifie au jour près.

Section des assurances sociales du Conseil national de l'Ordre des médecins, 7 octobre 2025, n° 5472 — Un médecin généraliste avait été interdit de donner des soins aux assurés sociaux pendant six mois, dont trois avec sursis. En appel, la section relève qu'il n'avait pas été informé de l'ouverture du contrôle et que ni les conclusions de l'analyse ni les griefs ne lui avaient été communiqués avant l'entretien, en méconnaissance des articles R. 315-1-2 et D. 315-2. Ces irrégularités privent de valeur probante les pièces du service médical : la sanction est annulée et la plainte rejetée. À retenir : un entretien mené sans pièces préalables se conteste, y compris devant le juge disciplinaire.

Cass. 2e civ., 20 mars 2025, n° 23-11.347 (publié au Bulletin) — La Cour précise le partage des obligations : à l'issue de l'analyse, le service du contrôle médical est seulement tenu d'informer le professionnel de ses conclusions ; c'est ensuite, préalablement à l'entretien que celui-ci a demandé, qu'il doit lui communiquer l'ensemble des éléments nécessaires à sa préparation. L'arrêt qui avait annulé l'indu pour défaut de communication des comptes rendus d'examen des patients est cassé. À retenir : demandez l'entretien par écrit dans le mois, puis réclamez les pièces dont vous avez besoin. Lire l'arrêt

vi.
Après l'entretien

Les suites possibles et comment les anticiper

Après l'entretien et le retour du compte rendu, la caisse doit vous informer des suites qu'elle entend donner aux griefs dans un délai de trois mois ; à défaut, elle est réputée avoir renoncé à vous poursuivre (article D. 315-3). Les suites possibles sont graduées et peuvent se cumuler :

  • Le classement ou une simple lettre de rappel des règles, lorsque les explications ont convaincu.
  • La notification d'un indu, calculée sur les actes contrôlés, parfois étendue par extrapolation à l'ensemble de l'activité.
  • Une procédure de pénalité financière, sur le fondement de l'article L. 114-17-1 du code de la sécurité sociale.
  • Une procédure conventionnelle pouvant aller jusqu'au déconventionnement.
  • La saisine de la section des assurances sociales de la chambre disciplinaire de l'Ordre, qui peut prononcer une interdiction de donner des soins aux assurés sociaux.
  • Une plainte pénale pour escroquerie ou faux, lorsque la caisse retient une intention frauduleuse.

Le point commun de toutes ces suites est qu'elles s'appuient sur le compte rendu de l'entretien. C'est pourquoi une fibre pénale est particulièrement utile dans cette matière : le médecin qui a préparé son entretien comme une audition aborde chacune de ces procédures avec un dossier cohérent.

Dans la majorité des dossiers, vous ne payez aucun honoraire au-delà de ce que prend en charge votre assureur (responsabilité civile professionnelle ou protection juridique), en conciliation comme en jugement. Vous choisissez librement votre avocat.

ODAYA Avocats prépare et accompagne les entretiens avec le service du contrôle médical à Paris, en Île-de-France et partout en France. Le premier entretien téléphonique, de 20 minutes, est offert et confidentiel.

Guide complet du contrôle CPAM →

Questions fréquentes

Suis-je obligé de me rendre à l'entretien avec le médecin-conseil ?

Non : l'entretien prévu après la notification des griefs a lieu à votre demande, dans le mois qui suit cette notification. Y renoncer vous prive toutefois d'une occasion de vous expliquer avant que la caisse arrête ses suites. Il ne faut pas le confondre avec les convocations et demandes de pièces adressées pendant un contrôle : ne pas y répondre peut, dans certains cas, être sanctionné par une pénalité (article L. 114-17-1 du code de la sécurité sociale).

Puis-je venir avec mon avocat ?

L'article D. 315-1 du code de la sécurité sociale prévoit l'assistance par un membre de votre profession ; les courriers des caisses mentionnent en pratique la possibilité d'être assisté par un avocat. Signalez-le par écrit avant l'entretien. La présence de l'avocat permet de cadrer les questions, de différer les réponses qui exigent une vérification et de préparer les réserves sur le compte rendu.

Le médecin-conseil peut-il consulter les dossiers de mes patients ?

Oui, l'article R. 315-1-1 du code de la sécurité sociale l'y autorise, et il peut aussi entendre et examiner vos patients, après vous en avoir informé, sauf lorsque l'analyse vise à démontrer une fraude. Le médecin-conseil est lui-même tenu au secret médical. La communication doit toutefois rester limitée aux patients et aux périodes visés par le contrôle.

Que faire si je n'ai pas reçu la liste des faits reprochés ?

Vérifier d'abord que vous avez bien demandé l'entretien dans le mois suivant la notification des griefs, puis réclamer les éléments par écrit et demander un report s'ils n'arrivent pas à temps. La communication préalable des éléments nécessaires à la préparation de l'entretien est une obligation du service du contrôle médical, dont la méconnaissance peut être invoquée ensuite pour contester les griefs.

Dois-je signer le compte rendu d'entretien ?

Vous devez le retourner dans les quinze jours, signé, en y joignant vos réserves écrites. Ne pas le retourner revient à l'approuver. Signer avec réserves est la solution la plus protectrice : elle fixe votre version et permet de corriger les formulations inexactes.

Combien de temps après l'entretien la caisse doit-elle réagir ?

Dans les trois mois qui suivent l'expiration du délai de retour du compte rendu ou, s'il n'y a pas eu d'entretien, du délai d'un mois pour le demander. À défaut, la caisse est réputée avoir renoncé à vous poursuivre (article D. 315-3 du code de la sécurité sociale), y compris pour le recouvrement d'un indu. Notez précisément chacune de ces dates.

Un entretien peut-il conduire directement à une plainte pénale ?

Oui, lorsque la caisse considère que les faits révèlent une intention frauduleuse. Le compte rendu de l'entretien est alors transmis avec la plainte. C'est la raison pour laquelle les déclarations faites au médecin-conseil doivent être aussi mesurées que devant un enquêteur.

Une notification CPAM entre les mains ?

Le délai court dès réception. Premier entretien de 20 minutes offert et confidentiel pour faire expertiser le courrier avant de répondre.

Honoraires pris en charge par votre assureur dans la majorité des cas, en conciliation comme en jugement.

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