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Défense CPAM · Soupçon de fraude

CPAM : un soupçon de fraude vise le médecin

Des patients vous disent avoir été interrogés par la caisse, un agent assermenté demande à consulter des documents, un courrier évoque des « anomalies graves ». Lorsque la CPAM a un soupçon de fraude, le médecin bascule dans un régime plus sévère que celui de la simple erreur de facturation : délais de reprise allongés, pénalités majorées, plainte possible. Tout se joue sur une question : s'agit-il d'une fraude, ou d'une erreur, d'une interprétation discutable de la nomenclature, d'un désaccord médical ?

CPAM et service du contrôle médicalProcureur de la RépubliqueSection des assurances socialesPôle social du tribunal judiciaire
i.
La qualification

Ce que la caisse appelle fraude

Pour l'assurance maladie, la fraude suppose un élément intentionnel : obtenir ou faire obtenir un paiement indu en le sachant. C'est ce qui la distingue de l'erreur de cotation, de la méconnaissance d'une règle de facturation ou d'une divergence d'appréciation médicale, qui relèvent de l'indu et, le cas échéant, de la faute ou de l'abus.

Les situations le plus souvent qualifiées de fraude par les caisses chez les médecins sont connues : actes facturés sans avoir été réalisés, cotations systématiquement supérieures à l'acte effectué, facturations pendant des périodes d'absence, prescriptions de complaisance, falsification de documents. Mais la frontière est contestable dans de nombreux dossiers : une habitude de cotation erronée pratiquée ouvertement pendant des années n'a pas la même portée qu'une dissimulation organisée.

Cette qualification n'est pas une formalité. Elle conditionne la durée sur laquelle la caisse peut remonter, le montant de la pénalité et l'éventualité d'une plainte. La contester, lorsque les faits le permettent, est souvent le premier enjeu de la défense.

ii.
L'enquête

Comment la CPAM instruit un soupçon de fraude

Le soupçon naît d'un signalement ou, plus souvent, du traitement de données : volumes atypiques, amplitudes horaires incompatibles avec une activité réelle, actes facturés à des patients hospitalisés ou décédés. L'Assurance Maladie indique avoir détecté et stoppé 723 millions d'euros de fraudes en 2025 (bilan publié sur ameli.fr) et s'appuie, depuis 2025, sur des pôles interrégionaux d'enquêteurs judiciaires dotés de pouvoirs de police judiciaire.

L'instruction administrative repose sur des agents agréés et assermentés. Selon l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale, les constatations qu'ils établissent font foi jusqu'à preuve du contraire. Concrètement, la caisse :

  • interroge vos patients, par questionnaire ou par audition, sur les soins reçus, leur date et leur durée ;
  • rapproche vos facturations d'autres données (hospitalisations, agendas, déplacements) ;
  • peut vous demander des documents ou vous convoquer pour une audition.

Les déclarations de patients sont souvent le cœur du dossier, et aussi son point faible : souvenirs imprécis des mois après les soins, confusion entre deux consultations, questions orientées. Chaque procès-verbal se relit et se discute.

Ne contactez pas vos patientsAppeler un patient pour lui expliquer ce qu'il aurait dû répondre à la caisse, même de bonne foi, peut être présenté comme une pression sur un témoin. Toute réaction passe par votre avocat.
iii.
Les conséquences financières

Indu sur cinq ans et pénalité majorée

L'action en recouvrement de l'indu se prescrit en principe par trois ans à compter du paiement, sauf en cas de fraude (article L. 133-4 du code de la sécurité sociale). Lorsque la fraude est retenue, la caisse invoque la prescription de droit commun de cinq ans, qui court à compter du jour où elle a connu ou aurait dû connaître les faits, et peut ainsi remonter plus loin. En cas de fraude, le même article prévoit une indemnité de 10 % des sommes réclamées, à titre de frais de gestion. L'indu peut être évalué par extrapolation à partir d'un échantillon, après procédure contradictoire, mais le montant ainsi fixé ne vous est opposable que si vous l'avez accepté par écrit (article L. 133-4, II).

La pénalité financière de l'article L. 114-17-1, dans sa version en vigueur depuis le 27 juin 2026, est plafonnée à 70 % des sommes concernées dans le cas général. En cas de fraude établie, dans les cas définis par voie réglementaire, ce plafond est porté à 300 % des sommes concernées (ou huit fois le plafond mensuel de la sécurité sociale en l'absence de sommes déterminées), et à 400 % en cas de fraude commise en bande organisée. Pour un professionnel personne physique, la pénalité prononcée pour fraude ne peut être inférieure à la moitié du plafond mensuel de la sécurité sociale, et elle peut, dans certains cas de fraude définis par voie réglementaire, être prononcée sans l'avis de la commission des pénalités (article L. 114-17-2).

L'enjeu financier d'une qualification de fraude est donc sans commune mesure avec celui d'une erreur. C'est pourquoi l'échantillon, la méthode d'extrapolation et la preuve de l'intention doivent être discutés pied à pied.

Indu
3 ans / 5 ans
hors fraude / en cas de fraude
Pénalité fraude
Jusqu'à 300 %
art. L. 114-17-1 CSS
Frais de gestion
10 %
art. L. 133-4 CSS, en cas de fraude
Contester un indu CPAM →
iv.
Le volet pénal

La plainte pénale : quand et avec quels risques

L'article L. 114-9 du code de la sécurité sociale impose aux organismes de sécurité sociale de porter plainte lorsque la fraude dépasse un montant fixé par décret, sauf si les faits ont été constatés par un procès-verbal transmis directement au procureur de la République. Le dossier peut aussi être transmis au procureur par signalement. Les qualifications habituelles sont l'escroquerie, punie de sept ans d'emprisonnement et 750 000 euros d'amende lorsqu'elle est commise au préjudice d'un organisme de protection sociale (article 313-2 du code pénal), peine portée à quinze ans de réclusion criminelle lorsque cette escroquerie est commise en bande organisée, et le faux et usage de faux.

La procédure pénale change la nature de la défense : audition libre ou garde à vue, perquisition au cabinet, saisies. Les déclarations faites à la caisse pendant la phase administrative peuvent être versées au dossier pénal. Il faut donc penser dès le premier courrier à l'articulation entre les deux procédures.

Le volet pénal se traite avec les règles et les réflexes du droit pénal. Une fibre pénale est particulièrement utile dans cette matière, où chaque mot d'une audition compte.

Défense pénale du médecin →
v.
Les autres suites

Section des assurances sociales et convention

Les fautes, abus et fraudes relevés à l'occasion des soins dispensés aux assurés sociaux peuvent être portés devant la section des assurances sociales de la chambre disciplinaire de première instance. L'article L. 145-2 du code de la sécurité sociale prévoit l'avertissement, le blâme, l'interdiction temporaire ou permanente de donner des soins aux assurés sociaux, et, en cas d'abus d'honoraires ou d'actes non conformes à la nomenclature, le reversement du trop-remboursé aux organismes.

La procédure devant la SAS est juridictionnelle : elle est contradictoire, vous avez accès au dossier, vous pouvez présenter des mémoires et être assisté à l'audience. Les pièces réunies par la caisse pendant l'enquête y sont discutées une nouvelle fois, ce qui permet de revenir sur un échantillon mal construit ou sur des déclarations de patients imprécises.

La caisse peut parallèlement engager une procédure conventionnelle pouvant aller jusqu'au déconventionnement. Ces procédures sont indépendantes : un même dossier de facturation peut ainsi donner lieu à un indu, une pénalité, une plainte et une saisine de la SAS. Les soupçons de prestations fictives illustrent bien ce cumul.

La section des assurances sociales →
vi.
Jurisprudence récente

Ce que disent les juges

Cass. 2e civ., 19 mars 2026, n° 23-18.843 (publié au Bulletin) — Pour échapper à la prescription courte de son action en remboursement, une caisse invoquait la fraude. La Cour approuve les juges qui l'ont écartée « faute d'élément intentionnel » : les revenus litigieux avaient été régulièrement déclarés à la caisse, ce qui est incompatible avec l'intention d'obtenir un avantage indu. L'affaire concernait une assurée, mais son raisonnement éclaire toute qualification de fraude : un fait matériellement irrégulier ne suffit pas. À retenir : rassemblez tout ce qui montre la transparence de votre pratique (cotations visibles, déclarations, échanges avec la caisse). Lire l'arrêt

Cass. crim., 15 janvier 2025, n° 24-81.155 — Un médecin généraliste poursuivi pour escroquerie avait été relaxé en appel, la cour estimant qu'un échantillon de familles interrogées par les agents de la caisse ne prouvait pas d'anomalies sur toute la période. Sur le seul pourvoi de la caisse, la chambre criminelle casse les dispositions civiles : les juges devaient s'expliquer sur les témoignages précis et concordants décrivant des consultations facturées pour des membres de la famille qui n'avaient pas été examinés. La relaxe reste acquise, mais la demande de dommages et intérêts est rejugée. À retenir : chaque audition de patient se discute point par point, et une relaxe ne clôt pas toujours le volet financier.

Cass. crim., 18 décembre 2024, n° 23-81.368 — Un masseur-kinésithérapeute relaxé avait déclaré recevoir cent vingt patients par jour. La Cour casse l'arrêt sur les intérêts civils : les juges devaient rechercher si la télétransmission des feuilles de soins, en connaissance de cause, avec la carte Vitale des patients, ne donnait pas « force et crédit » aux demandes de paiement, et répondre à l'argument tiré de l'impossibilité matérielle du volume facturé. À retenir : un volume d'activité incompatible avec le temps disponible sera exploité par la caisse ; il doit être expliqué en amont, agenda à l'appui. Lire l'arrêt

vii.
Les bons réflexes

Soupçon de fraude CPAM : ce que le médecin doit faire

  • Ne répondez pas à chaud : ni par téléphone, ni par un courriel spontané. Toute explication écrite sera versée au dossier.
  • Préservez vos données : agendas, logiciel métier, dossiers patients, relevés de télétransmission. Ne modifiez ni ne complétez rien a posteriori.
  • Relevez les délais de chaque courrier : observations, audition, recours.
  • Demandez les pièces : liste des actes contestés, procès-verbaux d'audition des assurés, méthode d'échantillonnage.
  • Prévenez votre assureur de responsabilité civile professionnelle ou de protection juridique.

Dans la majorité des dossiers, vous ne payez aucun honoraire au-delà de ce que prend en charge votre assureur (responsabilité civile professionnelle ou protection juridique), en conciliation comme en jugement. Vous choisissez librement votre avocat.

ODAYA Avocats intervient à Paris, en Île-de-France et partout en France auprès des médecins visés par un soupçon de fraude, devant la caisse comme devant le juge pénal. Le premier entretien téléphonique, de 20 minutes, est offert et confidentiel.

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Questions fréquentes

Quelle différence entre fraude et erreur de facturation ?

La fraude suppose l'intention d'obtenir un paiement indu. Une erreur de cotation ou une interprétation discutable de la nomenclature donne lieu à un indu, mais pas aux conséquences propres à la fraude. La preuve de l'intention incombe à la caisse.

Sur combien d'années la CPAM peut-elle réclamer un indu en cas de fraude ?

Hors fraude, l'action se prescrit par trois ans à compter du paiement. En cas de fraude, ce délai est écarté et la caisse invoque la prescription de droit commun de cinq ans, qui court à compter du jour où elle a connu ou aurait dû connaître les faits.

La caisse peut-elle interroger mes patients ?

Oui. Des agents agréés et assermentés peuvent recueillir leurs déclarations, et leurs constatations font foi jusqu'à preuve du contraire. Ces déclarations peuvent être discutées : précision des souvenirs, formulation des questions, cohérence avec votre dossier.

La CPAM va-t-elle forcément porter plainte ?

La loi impose une plainte au-delà d'un montant fixé par décret. En dessous, la caisse apprécie. Même sans plainte, un signalement au procureur reste possible.

Quel est le montant maximal de la pénalité en cas de fraude ?

Selon l'article L. 114-17-1 du code de la sécurité sociale, en cas de fraude établie, jusqu'à 300 % des sommes concernées, et 400 % en cas de fraude en bande organisée. Le montant retenu dépend de la gravité des faits.

Dois-je répondre à la convocation d'un agent de la caisse ?

Il est préférable de ne pas vous y rendre sans avoir préparé l'audition avec votre avocat et consulté les pièces. Vos déclarations pourront être utilisées dans toutes les procédures ultérieures, y compris pénales. Un refus pur et simple n'est pas sans risque : l'absence de réponse à une convocation ou à une demande de pièces dans le cadre d'un contrôle peut elle-même être sanctionnée par une pénalité.

Puis-je être sanctionné plusieurs fois pour les mêmes faits ?

L'indu, la pénalité financière, les poursuites pénales et la section des assurances sociales relèvent de régimes distincts qui peuvent se cumuler. Seule limite prévue par l'article L. 145-2 du code de la sécurité sociale : les sanctions de la section des assurances sociales ne se cumulent pas avec les sanctions disciplinaires ordinales prononcées pour les mêmes faits. La défense doit être cohérente d'une procédure à l'autre.

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