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Défense pénale · Audition libre

Audition libre du médecin : répondre à une convocation police

Un appel d'un enquêteur, une lettre du commissariat ou de la brigade de gendarmerie : le médecin convoqué par la police est le plus souvent entendu en audition libre. Libre ne veut pas dire anodine. Vos déclarations seront la première version du dossier, et une audition mal préparée peut se transformer en garde à vue. Voici vos droits, fixés par l'article 61-1 du Code de procédure pénale, et la manière de préparer ce rendez-vous.

Commissariat ou brigade de gendarmerieOfficier de police judiciaireProcureur de la RépubliqueTribunal correctionnel
i.
Convocation

Convocation police du médecin : témoin ou suspect ?

Deux statuts sont possibles et ils n'ouvrent pas les mêmes droits. Le témoin est une personne contre laquelle il n'existe aucune raison plausible de soupçonner qu'elle a commis une infraction (article 62) : un médecin interrogé sur la prise en charge d'un patient par un confrère, par exemple. Le suspect entendu librement est celui contre lequel de telles raisons existent : il bénéficie des droits de l'article 61-1. Si, pendant l'audition d'un témoin, des soupçons apparaissent, les enquêteurs doivent lui notifier ces droits ou le placer en garde à vue.

Demandez à l'enquêteur, dès l'appel, en quelle qualité vous êtes convoqué et pour quels faits. Lorsque le déroulement de l'enquête le permet, la convocation écrite adressée à un suspect indique l'infraction soupçonnée et son droit à l'avocat (article 61-1). Une réponse évasive (« c'est une simple formalité ») est un signal de prudence, pas de sécurité.

Se présenter est une obligation : les personnes convoquées pour les nécessités de l'enquête sont tenues de comparaître, et l'officier de police judiciaire peut, avec l'autorisation préalable du procureur, les contraindre par la force publique (article 78). Un report de date pour permettre à votre avocat d'être présent se demande à l'enquêteur ; il ne se décide pas unilatéralement.

ii.
Article 61-1 CPP

Vos droits en audition libre selon l'article 61-1

Avant d'être entendu, le suspect doit être informé :

  • de la qualification, de la date et du lieu présumés de l'infraction ;
  • du droit de quitter à tout moment les locaux où il est entendu ;
  • le cas échéant, du droit à un interprète ;
  • du droit de faire des déclarations, de répondre aux questions ou de se taire ;
  • si l'infraction est un crime ou un délit puni d'emprisonnement, du droit d'être assisté par un avocat ;
  • de la possibilité de bénéficier de conseils juridiques, le cas échéant gratuits, dans une structure d'accès au droit.

La notification est mentionnée au procès-verbal. Ces droits ne s'appliquent pas à la personne conduite sous la contrainte par la force publique devant l'enquêteur : c'est alors un autre régime, celui de la garde à vue, qui s'impose si les conditions en sont réunies.

Droit de partir
à tout moment
art. 61-1, 2° CPP
Avocat
crime ou délit puni d'emprisonnement
art. 61-1, 5° CPP
Silence
droit notifié
art. 61-1, 4° CPP
iii.
Avocat

L'avocat en audition libre : ce qui dépend de la peine encourue

Le droit à l'avocat en audition libre n'est pas général : l'article 61-1 le réserve aux crimes et aux délits punis d'une peine d'emprisonnement. Les qualifications qui visent le plus souvent les médecins en relèvent : blessures ou homicide involontaires, escroquerie au préjudice de l'Assurance maladie, faux certificat, violation du secret professionnel, agression sexuelle alléguée. Certaines atteintes involontaires de faible gravité sont en revanche des contraventions, pour lesquelles ce droit ne s'applique pas. Faites préciser la qualification exacte : elle détermine vos droits.

L'avocat intervient selon les modalités de l'article 63-4-3 : il assiste à l'audition, peut poser des questions à son issue, et présenter des observations écrites jointes à la procédure, où il consigne le cas échéant les questions refusées. À la différence de la garde à vue, l'article 61-1 ne prévoit pas d'entretien confidentiel de trente minutes dans les locaux : c'est pourquoi l'entretien préparatoire se tient avant le rendez-vous, au cabinet ou par téléphone.

Vous pouvez renoncer expressément à l'avocat en cours d'audition ; c'est rarement une bonne idée pour un professionnel dont la carrière dépend de l'issue du dossier.

Qui paie l'avocat ?L'avocat choisi est à votre charge sauf aide juridictionnelle, mais la garantie de défense pénale de votre contrat de responsabilité civile professionnelle ou de protection juridique couvre en général cette intervention. Déclarez la convocation à l'assureur dès sa réception.
iv.
Préparation

Préparer l'audition libre avec son avocat

L'audition libre ne donne pas accès au dossier. La préparation consiste donc à reconstituer, à partir de vos propres pièces, ce que les enquêteurs ont vraisemblablement entre les mains et les questions qu'ils poseront.

  • Relire le dossier du patient concerné, sans jamais le modifier ni le compléter, et en conserver une copie datée.
  • Établir une chronologie avec l'avocat : consultations, examens, prescriptions, échanges avec le patient et les confrères, horaires de garde.
  • Pour une enquête sur la facturation, identifier les actes et la période visés, les règles de cotation en cause et les pièces justificatives existantes.
  • Arrêter une stratégie : répondre, répondre partiellement ou se taire, et sur quels points.
  • Ne rien écrire aux enquêteurs avant l'audition et ne remettre aucun document sans l'avis de l'avocat.

Le secret médical encadre ce que vous direz : vous pouvez vous expliquer sur le patient concerné dans la limite de ce qu'exige votre défense, jamais sur d'autres patients. Si l'enquêteur souhaite des documents, il dispose de la réquisition et de la perquisition ; ce n'est pas au médecin de les apporter spontanément.

Lire l'article sur les réflexes après une plainte pénale →
v.
Risque

Le risque de basculer de l'audition libre en garde à vue

Le droit de partir est réel, mais son exercice a une conséquence : si l'enquêteur estime que votre maintien est nécessaire et que les conditions de l'article 62-2 sont réunies (crime ou délit puni d'emprisonnement, objectif de l'enquête à atteindre), il peut vous placer en garde à vue. De même, un suspect qui n'est plus libre de quitter les locaux doit être placé en garde à vue, avec les droits attachés à cette mesure.

Si le placement intervient dans le prolongement immédiat de l'audition, la durée de la garde à vue court depuis le début de celle-ci (article 63, III). Les signes d'un basculement possible sont connus : questions qui se durcissent, annonce d'une confrontation, évocation d'une perquisition, allusion à la présentation au procureur. L'avocat présent peut alors demander une suspension, réévaluer la stratégie et, en cas de placement, assurer la continuité de la défense sans perdre de temps.

Venir seul augmente le risqueUn médecin qui se présente sans avocat, sans chronologie et sans stratégie sur le silence est plus exposé à des déclarations imprécises, puis à un placement en garde à vue pour confronter ces déclarations au dossier.
Médecin en garde à vue : durée, droits, stratégie →
vi.
Jurisprudence récente

Ce que disent les juges

Cass. crim., 22 mai 2024, n° 23-82.621 (publiée au Bulletin) — Un chef d'entreprise avait été entendu comme témoin le jour même d'un accident du travail, sans notification des droits de l'article 61-1 ; il y avait reconnu avoir réutilisé un matériel à usage unique. La Cour valide cette audition : sa qualité de dirigeant et de conducteur de l'engin ne constituait pas, à elle seule, une raison plausible de le soupçonner tant qu'aucune faute n'était évoquée. Pour le médecin : une convocation « comme témoin » après un décès ou une complication se prépare comme une audition de suspect, car ce qui est dit peut ensuite fonder les poursuites. Lire la décision

Cass. crim., 7 novembre 2023, n° 22-87.295 — Un suspect entendu librement n'avait pas été informé de son droit d'être assisté par un avocat choisi ou commis d'office. La Cour constate que la notification était incomplète mais écarte la nullité, la condamnation ne reposant pas essentiellement sur ces déclarations. Une irrégularité ne garantit donc pas l'annulation : mieux vaut exercer ses droits dès l'audition que compter sur un débat ultérieur. Lire la décision

Cass. crim., 25 novembre 2025, n° 25-80.319 (publiée au Bulletin) — Les informations de l'article 61-1 doivent être délivrées à toute personne entendue en enquête préliminaire contre laquelle existent des raisons plausibles de soupçonner une infraction, qu'il s'agisse d'une personne physique ou d'une personne morale : l'audition du représentant d'une société soupçonnée ne peut s'en dispenser. Le médecin gérant d'une société d'exercice ou dirigeant d'un centre de santé, convoqué « pour la société », bénéficie donc des mêmes droits (silence, avocat, droit de partir). La nullité n'a toutefois pas été prononcée, cette audition n'ayant été ni le support exclusif ni le support essentiel de la condamnation. Lire la décision

vii.
Suites

Après l'audition libre : suites et notre intervention

Relisez intégralement le procès-verbal avant de le signer et faites corriger toute formulation infidèle. L'audition terminée, le procureur décide des suites : classement sans suite, alternative aux poursuites, convocation devant le tribunal correctionnel, procédure de reconnaissance préalable de culpabilité ou ouverture d'une information judiciaire. Vos déclarations suivront le dossier et pourront être produites devant l'Ordre ou dans un litige avec la caisse : leur cohérence avec vos écrits futurs est essentielle.

Nous préparons l'audition, vous y assistons et suivons l'enquête jusqu'à son issue. Le cabinet a une fibre pénale particulièrement utile dans cette matière. Dans la majorité des dossiers, vous ne payez aucun honoraire au-delà de ce que prend en charge votre assureur (responsabilité civile professionnelle ou protection juridique), en conciliation comme en jugement. Vous choisissez librement votre avocat.

ODAYA Avocats intervient à Paris, en Île-de-France et partout en France. Le premier entretien téléphonique de 20 minutes est offert et confidentiel ; si votre convocation est pour demain, consultez notre page urgence.

Questions fréquentes

Suis-je obligé de me rendre à une convocation de la police ?

Oui. Les personnes convoquées pour les nécessités de l'enquête sont tenues de comparaître, et l'officier de police judiciaire peut, avec l'autorisation du procureur, les y contraindre par la force publique (article 78 du Code de procédure pénale). Un report pour permettre la présence de l'avocat peut être demandé.

Comment savoir si je suis entendu comme témoin ou comme suspect ?

Demandez-le à l'enquêteur. Le suspect entendu librement doit recevoir la notification des droits de l'article 61-1, mentionnée au procès-verbal. Si des soupçons apparaissent pendant l'audition d'un témoin, ces droits doivent lui être notifiés ou il doit être placé en garde à vue.

Ai-je toujours droit à un avocat en audition libre ?

Seulement si l'infraction est un crime ou un délit puni d'une peine d'emprisonnement (article 61-1, 5°). C'est le cas de la plupart des qualifications visant les médecins, mais pas des contraventions.

Puis-je vraiment partir en cours d'audition ?

Oui, le droit de quitter les locaux à tout moment vous est notifié. Mais si les conditions de la garde à vue sont réunies, l'enquêteur peut alors vous y placer. Cette décision se prend avec l'avocat, pas sous le coup de l'émotion.

Combien de temps dure une audition libre ?

Le texte ne fixe pas de durée maximale, puisque vous êtes libre de partir. En pratique, elle dure de une à plusieurs heures selon la complexité des faits. Si une garde à vue est décidée dans le prolongement immédiat de l'audition, sa durée se calcule depuis le début de celle-ci.

Dois-je apporter le dossier médical du patient ?

Non, pas spontanément. Relisez-le pour préparer l'audition, sans le modifier. Si les enquêteurs veulent des documents, ils procèdent par réquisition ou par saisie, et la réponse à apporter se décide avec l'avocat.

Mes déclarations peuvent-elles être utilisées devant l'Ordre ?

Elles peuvent se retrouver dans la procédure disciplinaire si le dossier pénal y est produit. D'où l'importance d'une audition préparée, cohérente avec la défense que vous tiendrez devant la chambre disciplinaire.

Une notification CPAM entre les mains ?

Le délai court dès réception. Premier entretien de 20 minutes offert et confidentiel pour faire expertiser le courrier avant de répondre.

Honoraires pris en charge par votre assureur dans la majorité des cas, en conciliation comme en jugement.

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