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Responsabilité · Pénal

Plainte pénale d'un patient : 10 réflexes immédiats du médecin.

En bref

Face à une plainte pénale, les premières heures sont décisives. Le médecin peut être convoqué en audition, placé en garde à vue, voire perquisitionné. Dix réflexes simples permettent de ne pas aggraver sa situation avant l'intervention de l'avocat.

  • Ne jamais contacter le patient
  • Déclarer immédiatement à l'assureur RCP
  • Conserver et sécuriser le dossier médical
  • Se taire tant que l'avocat n'est pas présent
  • Anticiper la procédure ordinale et CCI parallèles

Pour un médecin, la plainte pénale est l'événement le plus stressant et le plus lourd de conséquences. Elle peut déboucher sur une mise en examen, un procès correctionnel, voire une interdiction d'exercer. À Paris, les parquets traitent ces dossiers avec sérieux, et le médecin doit adopter dès les premières heures une discipline rigoureuse.

Le contexte de la plainte pénale

Les infractions les plus fréquemment reprochées aux médecins relèvent de catégories bien identifiées.

  • Homicide ou blessures involontaires — articles 221-6 et 222-19 du Code pénal
  • Mise en danger d'autrui — article 223-1 du Code pénal
  • Violation du secret médical — article 226-13 du Code pénal
  • Faux et usage de faux — articles 441-1 et suivants (certificats)
  • Violences, agressions sexuelles — articles 222-22 et suivants
  • Escroquerie, fraude aux prestations — article 313-1

Les 10 réflexes immédiats

Ces dix réflexes sont à mettre en œuvre dès la première notification, qu'il s'agisse d'une convocation du commissariat, d'une audition libre, ou d'une interpellation au cabinet.

1. Contacter immédiatement un avocat pénaliste

De préférence engagé en droit médical, disposant d'une expérience de la garde à vue et de l'instruction. L'intervention dès la première heure de garde à vue est un droit (article 63-3-1 CPP).

2. Ne pas contacter le patient

Toute tentative de contact — même bienveillante — peut être interprétée comme une pression sur témoin ou une subornation. Passer exclusivement par l'avocat.

3. Déclarer à l'assureur RCP

Dans les délais contractuels (souvent 5 jours ouvrés). Le défaut de déclaration peut entraîner une déchéance de garantie.

4. Sécuriser le dossier médical

Faire une copie complète, sur support papier et numérique, stockée en lieu sûr. Ne rien modifier, ne rien ajouter après coup — ce serait un faux.

5. Rédiger une chronologie factuelle

Dès que possible, à froid, en quelques pages. Date, heure, intervenants, actes, paroles échangées. Ce document aide l'avocat et sécurise la mémoire avant audition.

6. Ne rien communiquer au patient ou à ses proches

Ni par courrier, ni par mail, ni via Doctolib. Aucun commentaire, aucune excuse, aucun geste commercial avant accord de l'avocat.

7. Garder le silence lors de l'audition spontanée

Le droit au silence existe (article 63-1 CPP). Il est préférable de le maintenir tant que l'avocat n'a pas préparé la défense.

8. Anticiper la procédure ordinale

Une plainte au parquet s'accompagne souvent d'une plainte ordinale. Les deux procédures sont autonomes mais s'alimentent : ce qui est dit au pénal peut être versé à l'Ordre.

9. Préparer sa communication interne

Équipe du cabinet, secrétariat, conjoint. Le silence absolu n'est pas tenable ; des éléments factuels minimaux doivent être partagés, sans détails techniques.

10. Documenter la pratique habituelle

Publications, formations, protocoles de service, habitudes de prescription. Ces éléments contextualiseront les faits et montreront la normalité de la pratique.

Ne pas faireModifier le dossier médical. Commenter l'affaire sur les réseaux sociaux. Demander au personnel de la secrétaire de « couvrir ». Chacun de ces gestes peut transformer une infraction discutable en affaire indéfendable.

La garde à vue et l'audition

La garde à vue est possible pour toute infraction punie d'une peine d'emprisonnement. Elle dure 24 heures, renouvelable une fois sur autorisation du procureur (48 heures au total pour les infractions de droit commun, plus pour certaines infractions spécifiques).

Droits du gardé à vue

  • Droit au silence
  • Droit à l'assistance d'un avocat dès la première heure (avec entretien confidentiel)
  • Droit d'être examiné par un médecin
  • Droit à un interprète
  • Droit à prévenir un proche et son employeur

L'audition libre (non sous contrainte) obéit à des règles différentes. Le médecin peut partir à tout moment, mais reste convoqué ultérieurement. Il est fortement déconseillé d'y aller seul.

La sécurisation du dossier médical

Le dossier médical du patient plaignant est central. Il peut être saisi par les enquêteurs sur commission rogatoire ou lors d'une perquisition. Avant cela :

  • Faire une copie complète, fidèle, datée
  • Identifier les versions (brouillons, notes manuscrites, retranscriptions)
  • Produire un bordereau numérique horodaté
  • Conserver séparément les éventuels supports d'imagerie, courriers de correspondants, résultats d'analyses
Interdiction absolueNe jamais modifier, compléter ou ajouter au dossier existant. La falsification est un délit (faux en écriture privée) qui s'ajoute aux infractions initiales et détruit toute crédibilité.

L'assurance RCP et son rôle

La Responsabilité Civile Professionnelle du médecin intervient même au pénal, notamment pour financer la défense (protection juridique associée). Certaines garanties couvrent spécifiquement les frais de défense pénale. La déclaration doit être :

  • Rapide (quelques jours)
  • Écrite, documentée, par LRAR ou portail en ligne
  • Accompagnée du courrier ou de la convocation reçue
  • Sans reconnaissance explicite de faute

Les procédures parallèles

Une plainte pénale n'est jamais isolée. Elle s'accompagne souvent d'une ou plusieurs autres procédures.

Plainte ordinale

Devant le CDOM 75 puis la chambre disciplinaire d'Île-de-France. Indépendante du pénal, mais alimentée par ses éléments.

Saisine de la CCI compétente

Commission de Conciliation et d'Indemnisation : voie d'indemnisation amiable, parallèle au pénal. Souvent plus rapide et plus prévisible que le pénal.

Action civile

Devant le TJ compétent en responsabilité civile, parallèlement ou après le pénal. La constitution de partie civile dans l'instance pénale est aussi possible.

Une stratégie globale et coordonnée est essentielle : ce qui est déclaré dans l'une des procédures peut être opposé dans les autres. Le travail en équipe avec l'assureur et un avocat expérimenté est indispensable.

À retenir

  • Avocat immédiat — dès la convocation ou l'interpellation
  • Silence — droit fondamental à préserver
  • Dossier intact — aucune modification
  • Déclaration RCP — dans les délais contractuels
  • Stratégie coordonnée — pénal, ordinal, civil, CCI

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Questions fréquentes

Un médecin peut-il être placé en garde à vue ?

Oui, pour toute infraction punie d'une peine d'emprisonnement. Le médecin peut être convoqué ou interpellé, puis placé en garde à vue et entendu. Le silence est un droit, l'avocat un autre.

Dois-je informer mon assurance RCP ?

Oui, dès la connaissance des faits. L'absence de déclaration dans les délais contractuels peut entraîner la déchéance de garantie, y compris pour les frais de défense.

Puis-je contacter le patient ?

Non. Toute tentative de contact, même bienveillante, peut être interprétée comme une pression sur témoin ou une subornation. Passez exclusivement par votre avocat.

La procédure pénale fait-elle obstacle à une saisine de la CCI ?

Non. Les procédures pénale, ordinale, civile et devant la CCI peuvent coexister. Il est indispensable de mettre en place une stratégie coordonnée pour éviter les incohérences.

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Le Cabinet ODAYA

Cabinet d'avocats au Barreau de Paris dédié exclusivement à la défense des médecins et professionnels de santé.