Médecin-conseil CPAM : vos droits lors de l'entretien.
En bref
L'entretien avec le médecin-conseil est une étape-clé du contrôle d'activité. Il n'est pas un interrogatoire mais un échange contradictoire encadré par le secret médical partagé. Vous avez des droits : préparation, assistance d'un avocat, communication du dossier, relecture du procès-verbal.
- Convocation écrite et motivée obligatoire
- Droit à l'assistance d'un avocat ou d'un confrère
- Droit de consulter les pièces avant l'entretien
- PV à relire avec soin avant signature
- Pas d'auto-incrimination obligatoire
Être convoqué par un médecin-conseil de la CPAM de Paris est un moment toujours anxiogène pour un praticien. Beaucoup y viennent seuls, mal préparés, en espérant « s'expliquer simplement ». C'est une erreur : ce qui est dit en entretien est consigné dans un procès-verbal qui servira de socle à la suite de la procédure — indu, pénalité, déconventionnement, voire signalement ordinal. La préparation et la compréhension de ses droits sont décisives.
Le rôle du médecin-conseil
Le médecin-conseil est un médecin salarié de l'Assurance Maladie, relevant du service du contrôle médical. Il est soumis aux mêmes règles déontologiques que tout médecin (secret professionnel, inscription à l'Ordre). Ses missions sont définies aux articles L. 315-1 et suivants du Code de la sécurité sociale : il contrôle l'activité des professionnels, vérifie la pertinence des actes, et participe aux procédures d'indu et de pénalité.
Ce qu'il n'est pas
- Un enquêteur de police judiciaire — il n'a aucun pouvoir coercitif
- Un juge — il n'a pas autorité pour prononcer une sanction
- Un confident — tout ce que vous direz peut être versé au dossier
La convocation et sa préparation
La convocation doit être écrite, motivée, et adressée suffisamment à l'avance pour permettre la préparation. Elle précise la période concernée, la nature du contrôle et les documents à apporter.
Préparation matérielle
- Relire intégralement les dossiers visés par le contrôle
- Reconstituer la chronologie des consultations
- Préparer les justificatifs de cotation (NGAP, règles de cumul)
- Anticiper les questions techniques probables
- Préparer une note écrite de synthèse
Vos droits pendant l'entretien
Droit à l'assistance
Rien dans le Code de la sécurité sociale n'interdit la présence d'un tiers (avocat, confrère, représentant syndical). La CPAM tente parfois de s'y opposer : ce refus n'a aucun fondement légal. L'avocat veille au respect du contradictoire, prend des notes, intervient si les questions dérivent.
Droit de consulter le dossier
Vous pouvez demander communication des pièces sur lesquelles le contrôle s'appuie : statistiques, auditions de patients, déclarations d'assurés. La caisse peut refuser certains éléments, mais les pièces défavorables qui seraient utilisées doivent vous être connues (principe du contradictoire).
Droit de ne pas s'auto-incriminer
Ce droit, rappelé par la Cour européenne des droits de l'homme, s'applique aussi en matière administrative lorsque la procédure a un caractère quasi-pénal. Vous pouvez refuser de répondre à une question précise et demander à y répondre par écrit après consultation du dossier.
Droit de faire consigner vos observations
Tout ce que vous souhaitez voir figurer au PV doit y être inscrit fidèlement. Vous pouvez exiger un ajout, une reformulation, une précision. Vous pouvez aussi déposer un écrit distinct annexé au PV.
Secret médical partagé
L'entretien se déroule sous le régime du secret médical partagé entre confrères. Le médecin-conseil, médecin inscrit à l'Ordre, est fondé à consulter les éléments du dossier patient dans la stricte mesure utile au contrôle. Il n'a pas à recevoir la totalité du dossier patient, mais seulement ce qui est pertinent pour vérifier la cotation ou la prescription contestée.
Le procès-verbal d'entretien
Le PV est l'élément le plus important de l'entretien. Il sert ensuite de base aux notifications d'indu et de pénalité. Sa rédaction doit être fidèle.
Avant de signer
- Relire lentement, ligne par ligne
- Vérifier que les dates, noms et cotations sont exacts
- S'assurer que les nuances et explications données figurent bien
- Demander correction de toute imprécision
- En cas de désaccord persistant, signer avec la mention « sous réserve d'observations écrites qui seront adressées dans les huit jours »
Refuser de signer est un droit, mais peut être interprété défavorablement. Mieux vaut signer avec des réserves explicites et adresser ensuite un courrier circonstancié.
Les suites de l'entretien
L'entretien n'est qu'une étape. Selon les conclusions du médecin-conseil, la procédure peut évoluer vers :
- Un classement sans suite (rare lorsque le contrôle est engagé)
- Une simple lettre d'observations ou de rappel
- Une notification d'indu (délai de contestation de 2 mois devant la CRA)
- L'engagement d'une procédure de pénalité financière
- L'engagement d'une procédure de déconventionnement
- Un signalement à l'Ordre des médecins d'Île-de-France ou au procureur
Il est vital, dans les jours qui suivent, d'analyser le PV et de compléter par un mémoire écrit si des points n'ont pas pu être développés. Cette phase post-entretien est souvent sous-estimée, alors qu'elle permet d'orienter la décision finale du médecin-conseil.
À retenir
- Ne pas venir seul — l'assistance d'un avocat est un droit
- Préparer le dossier — revenir sur les faits avant l'entretien
- Secret médical partagé — ne vaut qu'entre médecins
- Relire le PV — et signer avec réserves si nécessaire
- Compléter par écrit — dans les huit jours qui suivent
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Prendre rendez-vous →Questions fréquentes
Puis-je me faire assister d'un avocat lors de l'entretien ?
Oui, l'assistance d'un avocat est un droit. Aucun texte ne l'interdit et sa présence garantit le respect du contradictoire et la qualité du procès-verbal.
Puis-je refuser de répondre à certaines questions ?
Oui. Nul n'est tenu de s'auto-incriminer. Vous pouvez refuser de commenter un dossier précis et demander à répondre par écrit, après consultation du dossier médical concerné.
Le médecin-conseil peut-il consulter le dossier patient ?
Oui, dans le cadre du secret médical partagé entre confrères. La communication doit toutefois être limitée aux éléments utiles au contrôle et ne saurait s'étendre à la totalité du dossier sans nécessité.
Que vaut le PV d'entretien ?
C'est un élément central de la procédure. Il doit être relu attentivement, modifié si nécessaire, et signé avec les observations utiles. Ne jamais signer un PV dont la rédaction ne vous satisfait pas.