Indu CPAM et avis ponctuel de consultant (APC) : la case non cochée sur la feuille de soins
En bref
La caisse requalifie les APC facturés sans mention du médecin traitant sur la feuille de soins ; le médecin dispose de deux mois pour prouver, dossier par dossier, que l'adressage et le retour écrit existaient.
- Conditions de l'APC : demande explicite du médecin traitant, lettre de conclusions en retour, et aucune consultation dans les quatre mois avant et après pour la même pathologie.
- Feuille de soins : sans nom du médecin traitant ni case d'orientation cochée, la caisse traite l'acte hors parcours de soins, même si l'adressage existait dans le dossier.
- Preuve : la caisse doit prouver l'irrégularité, mais un tableau détaillé suffit ; au médecin de répondre ligne par ligne avec lettre d'adressage, lettre de conclusions et dates de consultation.
- Délai : deux mois pour présenter des observations ou saisir la commission de recours amiable ; ensuite mise en demeure, majoration et contrainte.
- Vigilance : ne pas reconnaître en bloc des erreurs de saisie, qui peuvent nourrir une pénalité financière ou une plainte pour escroquerie fondée sur la répétition de l'anomalie.
Vous recevez un courrier de la caisse primaire : à l'issue d'un contrôle de votre facturation, plusieurs dizaines, parfois plusieurs centaines d'avis ponctuels de consultant sont requalifiés en consultations ordinaires. Le grief tient en une ligne du tableau annexé : « APC hors parcours de soins », « médecin traitant non renseigné », « absence de mention de l'adressage ». Autrement dit, sur la feuille de soins, la case correspondant à l'orientation par le médecin traitant n'était pas cochée, ou le nom de ce médecin n'y figurait pas. La caisse en déduit que les conditions de l'APC n'étaient pas réunies et réclame la différence entre ce qu'elle a versé et ce qu'elle estime dû. Depuis 2026, ces contrôles ciblés sur l'APC se multiplient partout en France, souvent avec extrapolation sur trois années. Voici ce qu'il faut savoir avant de répondre.
Ce qu'est réellement l'avis ponctuel de consultant
L'APC est défini à l'article 18 des dispositions générales de la nomenclature générale des actes professionnels (NGAP). C'est l'avis donné par un médecin de second recours à la demande explicite du médecin traitant. Le médecin consultant adresse au médecin traitant ses conclusions et ses propositions thérapeutiques, s'engage à ne pas donner au patient de soins continus et lui laisse la surveillance du traitement. Il ne doit pas avoir reçu le patient dans les quatre mois précédents et ne doit pas le revoir dans les quatre mois suivants pour la même pathologie. Les honoraires de l'APC ne se cumulent pas avec ceux d'autres actes réalisés dans le même temps, sauf une liste limitative d'exceptions (électrocardiogramme, radiographie pulmonaire pour le pneumologue, certaines biopsies tarifées à moitié, notamment).
Trois conséquences pratiques en découlent. L'APC n'est pas facturable si le patient vient de lui-même, s'il est adressé par un autre médecin que le médecin traitant (un urgentiste par exemple) ou s'il n'a pas de médecin traitant déclaré à partir de seize ans. Il n'est pas facturable non plus dans les prises en charge protocolisées ou les séquences de soins qui enchaînent plusieurs intervenants sans repasser par le médecin traitant. Enfin, l'APC suppose un retour écrit vers le médecin traitant : sans lettre de conclusions, l'avis n'a pas été rendu au sens de la nomenclature.
Pourquoi la feuille de soins fait toute la différence
La feuille de soins, papier ou électronique, comporte une rubrique consacrée au parcours de soins coordonnés. Le médecin consulté qui n'est pas le médecin traitant doit y indiquer le nom et le prénom de celui-ci et cocher la situation qui s'applique : orientation par le médecin traitant, accès direct autorisé pour certaines disciplines, urgence, patient hors de sa résidence habituelle, médecin traitant remplacé. Lorsque rien n'est coché et que le nom du médecin traitant est absent, le système de liquidation de la caisse traite mécaniquement la consultation comme réalisée hors parcours de soins. La position constante de l'Assurance Maladie est nette : le seul code APC ne suffit pas, l'identification du médecin traitant doit figurer sur la facture.
C'est là que naissent la plupart des indus. Le logiciel de facturation a conservé par défaut la mention « accès direct » ; l'assistante a télétransmis sans renseigner le médecin traitant ; le patient a remis une feuille papier incomplète. Dans tous ces cas, l'adressage existait bel et bien dans le dossier médical, mais il n'apparaissait pas sur le support de facturation. Pour la caisse, la feuille de soins est la pièce qui déclenche le paiement : ce qui n'y figure pas est réputé ne pas exister, jusqu'à preuve du contraire.
Comment la caisse construit l'indu
Le contrôle est le plus souvent un contrôle administratif de facturation, distinct du contrôle d'activité mené par le service médical. La caisse extrait les APC facturés sur une période, croise avec le champ « médecin traitant » de chaque facture et avec les consultations antérieures ou postérieures du même patient chez vous. Chaque APC jugé non conforme est requalifié en consultation de médecin correspondant, et l'écart de tarif constitue l'indu. Quand le contrôle porte sur un échantillon, la caisse peut proposer une extrapolation à l'ensemble de la période, ce qui transforme quelques dizaines d'euros par dossier en une somme à cinq chiffres.
La procédure obéit à l'article L. 133-4 du code de la sécurité sociale. Elle s'ouvre par une notification de payer qui précise la cause, la nature et le montant des sommes réclamées, ainsi que la date des versements concernés. Vous disposez alors de deux mois pour régler, présenter des observations écrites ou saisir la commission de recours amiable. En cas de rejet de vos observations, le directeur adresse une mise en demeure de payer sous un mois, puis peut délivrer une contrainte, avec une majoration de dix pour cent sur les sommes non réglées. L'action en recouvrement se prescrit par trois ans à compter du paiement, sauf fraude. Une pénalité financière peut s'ajouter, décidée par le directeur après avis d'une commission, et un signalement à l'Ordre ou au parquet reste possible lorsque la caisse estime que la facturation relève d'une pratique délibérée.
Ce que le médecin peut opposer
Il faut d'abord se souvenir d'un principe : c'est à la caisse de prouver l'inobservation des règles de tarification. Les juridictions admettent qu'un tableau récapitulatif détaillé, dossier par dossier, suffit à cette preuve, à condition qu'il permette au médecin de discuter chaque ligne et d'apporter la preuve contraire. La bataille se joue donc sur le terrain du dossier médical, patient par patient, et non sur des considérations générales.
- La lettre d'adressage. Le courrier du médecin traitant, l'ordonnance qui vous désigne, le message tracé par lequel il sollicite votre avis. La demande doit être explicite ; une simple mention orale rapportée par le patient est fragile, mais un courrier daté antérieur à la consultation est difficilement contestable.
- La lettre de conclusions. Votre compte rendu adressé au médecin traitant, avec vos propositions thérapeutiques. C'est la pièce qui démontre que l'avis a été rendu dans les conditions de l'article 18. Sa date et son destinataire comptent autant que son contenu.
- Le respect du délai de quatre mois. Votre agenda et votre logiciel permettent d'établir que le patient n'avait pas été vu dans les quatre mois précédents et ne l'a pas été dans les quatre mois suivants pour la même pathologie. Attention aux dérogations, qui doivent être documentées : bilan complémentaire nécessitant une seconde consultation, actes techniques indispensables au diagnostic, consultation complexe rendue nécessaire par l'état du patient.
- Les situations où le médecin traitant est celui qui adresse. Pour les patients de moins de seize ans, les bénéficiaires de l'aide médicale de l'État et les patients en déplacement, le médecin qui adresse tient lieu de médecin traitant. Le grief « médecin traitant non déclaré » tombe alors.
Lorsque ces éléments existent, l'argument est simple : l'omission sur la feuille de soins est une erreur matérielle de saisie, pas une facturation en dehors des conditions de la nomenclature. La caisse a été payée pour un avis qui a réellement été sollicité, rendu et transmis. Le médecin ne se contente pas de l'affirmer : il le prouve pièce par pièce, ce qui oblige la caisse à répondre ligne par ligne. Dans les dossiers où l'adressage manque réellement, mieux vaut le reconnaître et concentrer la contestation sur les autres.
Les erreurs à ne pas commettre dans les deux mois
La première est de laisser passer le délai. Sans observations ni saisine de la commission de recours amiable, la caisse peut retenir l'indu sur vos versements à venir. La deuxième est de répondre globalement, par un courrier d'indignation sans pièces. Le contentieux de l'indu est un contentieux de la preuve : il exige un tableau de réponse en miroir de celui de la caisse, avec pour chaque patient la lettre d'adressage, la lettre de conclusions et les dates de consultation. La troisième est de solliciter un entretien avec la caisse sans préparation : ce qui y est dit peut être repris ensuite comme une reconnaissance. La quatrième est de reconnaître en bloc des « erreurs de saisie » sans mesurer que cette reconnaissance nourrira, le cas échéant, un dossier de pénalité financière ou une plainte pénale pour escroquerie fondée sur le caractère répété de l'anomalie.
Il faut aussi demander à la caisse, dès la réception de la notification, la liste exhaustive des actes contrôlés sous un format exploitable et, si un échantillon a été extrapolé, la méthode retenue. Un indu extrapolé se conteste dans sa méthode autant que dans ses lignes.
Sécuriser la facturation des APC pour l'avenir
Le contrôle passé, restent les habitudes à corriger. Décocher la mention « accès direct » qui reste active par défaut dans certains logiciels. Renseigner systématiquement le nom du médecin traitant avant télétransmission, y compris pour les patients suivis par un remplaçant. Conserver dans chaque dossier la demande écrite du médecin traitant et une copie datée de la lettre de conclusions. Vérifier avant de coter un APC que le patient n'a pas été vu dans les quatre mois précédents, et tracer les dérogations utilisées. Refuser la facturation en APC quand le patient vient de lui-même ou d'un autre confrère que le médecin traitant, même si la consultation a bien été un avis de second recours. Ces réflexes coûtent quelques secondes par consultation ; ils évitent un contrôle sur trois ans.
Ce qu'il faut retenir
- L'APC suppose une demande explicite du médecin traitant, un retour écrit vers lui et l'absence de consultation dans les quatre mois avant et après pour la même pathologie.
- Sur la feuille de soins, l'absence du nom du médecin traitant et de la case d'orientation fait basculer l'acte hors parcours de soins aux yeux de la caisse, même si l'adressage existait.
- La caisse doit prouver l'irrégularité, mais un tableau détaillé suffit ; c'est au médecin de démontrer, dossier par dossier, que les conditions de fond étaient réunies.
- Deux mois pour présenter des observations ou saisir la commission de recours amiable ; ensuite, mise en demeure, majoration et contrainte.
- Une erreur de forme répétée peut être présentée comme une pratique délibérée : la réponse à l'indu prépare aussi la défense face à une pénalité financière ou à une plainte.
Questions fréquentes
La CPAM me réclame un indu sur mes APC : que dois-je faire dans les deux mois ?
Demandez immédiatement à la caisse la liste exhaustive des actes contrôlés sous un format exploitable et, en cas d'extrapolation, la méthode retenue. Constituez un tableau de réponse en miroir de celui de la caisse, avec pour chaque patient la lettre d'adressage du médecin traitant, votre lettre de conclusions et les dates de consultation. Présentez vos observations écrites ou saisissez la commission de recours amiable avant l'expiration du délai.
Puis-je facturer un APC si la case du médecin traitant n'a pas été cochée sur la feuille de soins ?
Pour la caisse, ce qui ne figure pas sur la feuille de soins est réputé ne pas exister : sans nom du médecin traitant ni case d'orientation, l'acte est traité hors parcours de soins et l'APC est requalifié en consultation ordinaire. Si l'adressage existait réellement dans le dossier médical, l'omission peut être présentée comme une erreur matérielle de saisie, à condition de le prouver pièce par pièce.
Que se passe-t-il si je ne réponds pas à la notification d'indu de la caisse ?
Sans observations ni saisine de la commission de recours amiable dans les deux mois, le directeur adresse une mise en demeure de payer sous un mois, puis peut délivrer une contrainte, avec une majoration sur les sommes non réglées ; la caisse peut aussi retenir l'indu sur vos versements à venir. Une pénalité financière peut s'ajouter, et un signalement à l'Ordre ou au parquet reste possible si la caisse y voit une pratique délibérée.
Puis-je coter un APC pour un patient adressé par un urgentiste ou venu de lui-même ?
Non. L'APC suppose une demande explicite du médecin traitant ; il n'est pas facturable si le patient vient de lui-même, s'il est adressé par un autre médecin que son médecin traitant ou s'il n'a pas de médecin traitant déclaré à partir de seize ans. Il existe des exceptions : pour les patients de moins de seize ans, les bénéficiaires de l'aide médicale de l'État et les patients en déplacement, le médecin qui adresse tient lieu de médecin traitant.
ODAYA Avocats défend les médecins et les professionnels de santé face aux caisses d'assurance maladie, à l'Ordre et aux patients, avec une fibre pénale particulièrement utile dans cette matière, où une simple anomalie de facturation peut être requalifiée en fraude. Le cabinet intervient partout en France, dès la notification d'indu et jusqu'au tribunal judiciaire. Contact : contact@odaya-avocats.fr ou 01 85 73 41 85.
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