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Pénal · Fraude

Actes fictifs : quand la CPAM accuse le médecin d'avoir facturé des actes non réalisés

En bref

Facturer un acte non réalisé est le grief le plus lourd d'un contrôle : indu, pénalité financière, plainte pénale et saisine de l'Ordre se cumulent, et tout se joue sur la preuve de l'intention.

  • Qualification : l'acte non effectué (article L. 133-4 du code de la sécurité sociale) n'est pas une erreur de cotation.
  • Preuves de la caisse : auditions de patients par des agents assermentés, agendas, horaires de télétransmission, volumes.
  • Voies cumulables : indu, pénalité majorée en cas de fraude, escroquerie et faux, section des assurances sociales.
  • Intention : erreur de saisie, acte du remplaçant, mauvaise date ou télétransmission différée ne sont pas des fraudes, à condition de le prouver.
  • Réflexes : ne jamais s'expliquer seul, rembourser sans réserve ni retoucher un dossier médical.
Page de référenceToute la procédure, les délais et les moyens de défense sont détaillés dans notre page Prestations fictives : le médecin face aux juridictions ordinales.

Deux agents de la caisse se présentent au cabinet avec une liste de consultations qui, selon eux, n'ont jamais eu lieu : des patients ne se souviennent pas d'être venus ce jour-là, l'un était hospitalisé, un autre est décédé avant la date facturée. Le courrier ne parle plus d'anomalies de facturation mais d'actes fictifs. Ce n'est plus un contrôle ordinaire : chaque mot prononcé ou écrit sera relu par un procureur.

Acte non effectué : ce que la caisse doit démontrer

L'article L. 133-4 du code de la sécurité sociale distingue deux fondements de l'indu. Le premier vise l'inobservation des règles de tarification ou de facturation : l'acte a été réalisé, mais mal coté ou facturé hors des conditions de la NGAP ou de la CCAM. Le second vise la facturation d'un acte non effectué : la prestation remboursée n'a pas eu lieu.

L'erreur de cotation se solde par une restitution et, au pire, une pénalité ordinaire. L'acte non effectué porte l'accusation de fraude. Le premier travail de la défense consiste donc à requalifier : une consultation réelle mal datée ou une visite du remplaçant facturée sous le numéro du titulaire sont des prestations dispensées, dont on peut discuter la facturation mais pas l'existence.

Comment la caisse construit son dossier

Les agents de contrôle agréés et assermentés dressent des procès-verbaux qui font foi jusqu'à preuve contraire (article L. 114-10 du code de la sécurité sociale) et, en cas de suspicion de fraude, mènent une véritable enquête (article L. 114-9). Les indices les plus fréquents :

AttentionLa caisse ne recherche pas l'explication de ces indices. Affirmer que le patient se trompe ne suffit pas : il faut produire la pièce qui contredit le procès-verbal.

Trois procédures parallèles et cumulables

L'indu

La caisse notifie une demande de restitution dans les conditions de l'article L. 133-4 : notification motivée, deux mois pour des observations ou la saisine de la commission de recours amiable, mise en demeure, puis contrainte. La prescription de trois ans ne joue pas en cas de fraude. Voir la contestation de l'indu en sept étapes.

La pénalité financière

Sur le fondement de l'article L. 114-17-1, le directeur de la caisse peut, après avis de la commission des pénalités, prononcer une sanction plafonnée en fonction du plafond mensuel de la sécurité sociale et de l'indu. En cas de fraude établie, ce plafond est relevé. Voir la pénalité financière.

La plainte pénale

Le directeur de la caisse peut déposer plainte pour escroquerie, infraction que l'article 313-1 du code pénal punit de cinq ans d'emprisonnement et de 375 000 euros d'amende ; commise au préjudice d'un organisme de protection sociale, elle est portée par l'article 313-2 à sept ans et 750 000 euros. Le faux et l'usage de faux de l'article 441-1, punis de trois ans et 45 000 euros, sont souvent visés en parallèle. Voir la qualification pénale de la fraude à l'assurance maladie.

La section des assurances sociales

La caisse peut saisir la section des assurances sociales de la chambre disciplinaire (articles L. 145-1 et suivants du code de la sécurité sociale) : avertissement, blâme, interdiction temporaire ou permanente de donner des soins aux assurés sociaux, remboursement du trop-perçu. Pour un médecin conventionné, une interdiction même temporaire équivaut à une fermeture. Le grief repose sur la probité (article R. 4127-3) et sur l'interdiction de tout procédé de nature à tromper (article R. 4127-31).

L'intention, cœur de la défense

Escroquerie, pénalité majorée et sanction ordinale supposent toutes une intention. Une seule question : le médecin savait-il que l'acte n'avait pas été réalisé lorsqu'il l'a facturé ? Les explications non frauduleuses doivent être identifiées ligne par ligne dans la liste de la caisse.

Pour chaque acte contesté, il faut reconstituer la preuve de sa réalité : dossier médical du jour, ordonnance exécutée en pharmacie, compte rendu adressé à un confrère, résultat d'examen, agenda, attestation du patient. Un acte démontré par une pièce contemporaine sort du grief de fraude et retombe, au pire, dans l'erreur de facturation.

Convocation par la caisse ou la police : les bons réflexes

Composition pénale et CRPC supposent un aveu, opposable ensuite devant la commission des pénalités et l'Ordre. D'autres réflexes aggravent le dossier :

Anticiper la lecture du parquet dès la phase administrative

Dans un dossier d'actes fictifs, la phase administrative et la phase pénale sont imbriquées. Observations à la caisse, recours amiable, mémoire devant la commission des pénalités : tous ces écrits finiront dans le dossier transmis au procureur, et une phrase maladroite peut devenir la pièce à charge principale devant le tribunal correctionnel. C'est pourquoi une fibre pénale est particulièrement utile dans cette matière : chaque écrit vise deux lecteurs, l'agent de la caisse qui recherche la restitution et le magistrat qui recherche l'intention.

Le bon ordreAvant toute réponse, reconstituer la preuve de chaque acte, classer les griefs en trois colonnes (acte prouvé, acte réalisé mais mal facturé, acte inexplicable), puis rédiger. Tout paiement est assorti d'une réserve écrite et limité à la deuxième colonne. Voir notre guide du contrôle CPAM.

À retenir

  • L'acte non effectué est distinct de l'erreur de cotation : requalifier est le premier levier de défense.
  • Les procès-verbaux des agents font foi jusqu'à preuve contraire ; seule une pièce contemporaine les renverse.
  • Indu, pénalité majorée, plainte pour escroquerie et saisine de l'Ordre se cumulent.
  • Tout se joue sur l'intention : chaque explication doit être documentée ligne par ligne.
  • Ne jamais s'expliquer seul, rembourser sans réserve ni modifier un dossier médical après coup.

Questions fréquentes

La caisse peut-elle porter plainte alors que j'ai déjà remboursé l'indu ?

Oui. La restitution éteint la créance de la caisse, pas l'action pénale ni la pénalité financière. Un remboursement sans réserve écrite peut même être présenté comme un aveu.

Un patient qui ne se souvient pas de la consultation suffit-il à établir un acte fictif ?

Non : le procès-verbal fait foi jusqu'à preuve contraire, mais l'absence de souvenir n'est pas l'absence d'acte. Le dossier médical daté, l'ordonnance exécutée ou le résultat d'examen du jour apportent cette preuve.

Dois-je accepter l'entretien proposé par les agents de la caisse ?

Rien n'impose de s'y rendre immédiatement ni seul. Mieux vaut obtenir d'abord la liste des actes visés, reconstituer les pièces et se faire assister, car tout ce qui est dit pourra être transmis au procureur.

Quelles peines le médecin encourt-il en cas de condamnation ?

Cinq ans d'emprisonnement et 375 000 euros d'amende pour l'escroquerie (article 313-1 du code pénal), portés à sept ans et 750 000 euros au préjudice d'un organisme de protection sociale ; trois ans et 45 000 euros pour le faux. S'y ajoutent les peines complémentaires et les sanctions ordinales.

ODAYA Avocats défend les médecins et les professionnels de santé face à la CPAM, à l'Ordre et aux patients, avec une fibre pénale particulièrement utile dans cette matière. Le cabinet intervient partout en France. Contact : contact@odaya-avocats.fr ou 01 85 73 41 85.

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Le Cabinet ODAYA

Avocats au Barreau de Paris, dédiés à la défense des médecins et professionnels de santé face à la CPAM, à l'Ordre et aux patients. Cabinet fondé en 2018, 174 rue de Courcelles, Paris 17e. Intervention partout en France.

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