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Ordre · Faute intentionnelle

Absence d'élément intentionnel : pivot des relaxes disciplinaires.

En bref

Un grand nombre de manquements reprochés par l'Ordre supposent, pour être sanctionnés, la démonstration d'une volonté fautive ou, à tout le moins, d'une conscience du manquement. À défaut, la bonne foi du médecin et la qualification d'erreur non fautive emportent la relaxe.

  • Distinction entre faute délibérée, négligence et erreur non fautive
  • La bonne foi : présomption régulièrement retenue par le juge disciplinaire
  • Le standard du médecin normalement diligent comme critère d'appréciation

La chambre disciplinaire est régulièrement saisie de faits dont la qualification juridique oscille entre la faute délibérée, la négligence simple et l'erreur d'appréciation. Or, pour plusieurs manquements expressément visés par le Code de déontologie médicale, la sanction suppose un élément subjectif : volonté, conscience, mauvaise foi. Lorsque cet élément fait défaut, la relaxe s'impose. L'enjeu, pour la défense, consiste à restituer au juge le contexte réel de la décision du praticien.

La notion d'élément intentionnel

À la différence du droit pénal, la discipline ordinale ne classe pas les manquements selon une échelle intentionnelle formalisée. Pour autant, plusieurs articles du Code de déontologie (articles R. 4127-1 et suivants du Code de la santé publique) requièrent implicitement un comportement volontaire : c'est le cas notamment des manquements à la probité, à la confraternité, à la sincérité des certificats ou au respect du secret. Le juge disciplinaire recherche alors la conscience du manquement.

Faute délibérée, négligence, erreur

La défense doit systématiquement discuter la nature du grief. Une erreur diagnostique ponctuelle, commise de bonne foi dans un contexte clinique difficile, n'a pas la même portée qu'une décision volontairement prise au mépris d'une règle déontologique connue. Le Conseil d'État rappelle de manière constante que toute erreur du médecin n'est pas nécessairement une faute disciplinaire.

Fondement textuelArticles R. 4127-1 à R. 4127-112 du Code de la santé publique (Code de déontologie médicale) ; articles L. 4124-6 et L. 4124-7 CSP pour l'échelle des sanctions.

La bonne foi et l'erreur non fautive

La bonne foi n'est pas seulement une posture : elle constitue un véritable moyen de défense lorsqu'elle est étayée par des éléments objectifs. Les chambres disciplinaires retiennent régulièrement que le praticien, placé dans une situation de tension ou d'urgence, a agi dans ce qu'il estimait être l'intérêt du patient, sans volonté de méconnaître ses obligations déontologiques.

Les indices probatoires de la bonne foi

  • Antécédents disciplinaires vierges et parcours professionnel sans incident
  • Formation continue suivie et traçable auprès d'organismes reconnus
  • Démarches spontanées du médecin pour régulariser ou alerter
  • Avis pris auprès de confrères ou de référents avant la décision contestée

L'erreur non fautive : un standard gradué

Le juge apprécie l'erreur par référence au médecin normalement diligent, placé dans les mêmes circonstances. Lorsque la décision contestée s'inscrit dans une plage d'options thérapeutiques défendables, la seule contestation du choix par un tiers — patient ou confrère — ne suffit pas à caractériser la faute.

La jurisprudence du Conseil d'État

Plusieurs décisions de la chambre disciplinaire nationale et du Conseil d'État illustrent la rigueur du contrôle exercé sur la caractérisation de l'intention. Le juge administratif vérifie que la décision de première instance ne se contente pas d'un constat objectif mais procède bien à l'analyse du contexte dans lequel le praticien a agi. Le défaut de cette analyse est un motif classique d'annulation et de relaxe en appel.

Le contrôle sur la motivation

La motivation de la décision disciplinaire doit exposer en quoi l'élément intentionnel — lorsqu'il est requis — est caractérisé. Une motivation purement descriptive, qui se borne à énoncer les faits sans les qualifier subjectivement, ouvre utilement la voie à la cassation et à la relaxe.

AttentionLa bonne foi n'est pas présumée lorsque le manquement résulte d'une violation claire et répétée d'une obligation déontologique explicite. Il convient alors de déplacer la défense sur le terrain de la proportionnalité.

Stratégie probatoire

La démonstration de l'absence d'élément intentionnel repose sur une reconstitution minutieuse du contexte : pièces cliniques, échanges confraternels, éléments de formation, témoignages de patients et de collaborateurs. La défense doit viser à substituer à la lecture disciplinaire, souvent réductrice, une compréhension clinique et humaine de la situation.

Les pièces décisives

  1. Dossier médical complet et daté
  2. Comptes rendus d'échanges avec la famille et les confrères
  3. Preuves de la démarche qualité et de la formation continue
  4. Attestations de consœurs et confrères sur la pratique habituelle

La narration de défense

Au-delà des pièces, le mémoire en défense doit construire une narration cohérente : quel problème clinique se posait, quelles options étaient disponibles, pourquoi celle retenue a paru la plus raisonnable au moment de la décision. C'est ce récit qui permet au juge de reconstituer l'absence d'intention fautive.

À retenir

  • Plusieurs manquements déontologiques exigent un élément subjectif
  • La bonne foi s'établit par un faisceau d'indices objectifs
  • L'erreur non fautive s'apprécie au regard du praticien normalement diligent
  • La narration reconstitue le contexte décisionnel du médecin

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Questions fréquentes

Toute erreur médicale est-elle une faute disciplinaire ?

Non. Le Conseil d'État rappelle constamment que l'erreur non fautive, commise par un praticien diligent, ne justifie pas une sanction ordinale.

La bonne foi se présume-t-elle devant l'Ordre ?

Elle n'est pas formellement présumée mais s'établit par un faisceau d'éléments : parcours, formation continue, démarche qualité, contexte de la décision contestée.

Quel standard le juge applique-t-il ?

Celui du médecin normalement diligent placé dans les mêmes circonstances, avec les mêmes moyens et la même information disponible au moment des faits.

Comment prouver l'absence d'intention ?

Par la reconstitution du contexte : dossier médical, échanges confraternels, attestations, éléments de formation et traçabilité de la démarche clinique.

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